20120614

Le Miracle


Y a des gens qui pensent que l'être humain il est mauvais et qu'il changera jamais parce qu'il est mauvais.

Auteur : Gabriel
Genre : Dystopie
Résumé : Franck Manning joue dans un orchestre, il compte faire sa demande en mariage à Eleanor. Mais tout ne se passe pas comme prévu, il va tomber dans la déchéance.

Le Miracle

Il y a comme un air de blues, de jazz. Les musiciens sont réunis au milieu de la salle dans le but de faire planer les quelques clients du bar, le Septième Ciel. Composé exclusivement de Noires plutôt de bonne chair et en costume, ils regardent une par une les personnes qui peuplent l’endroit. Le chef de la troupe, c’est Franck Manning. Franck, comme les autres, est bien habillé. Une chemise blanche Yves St Laurent, une veste deux boutons et une cravate noire. Avec ses lunettes teintées, on penserait à un mafieux. Ses cheveux sont moitié lisses, moitié dreadlocks, le tout plaqué en arrière. A part la trompette, il a pour principales qualités : une oreille fine, toujours à l’écoute, le sourire aux lèvres et une gentillesse presque palpable. Ce soir, Franck n’a pas vraiment la tête à jouer de son instrument. Non, il pense à sa compagne, Eleanor Hauffman. Cela fait maintenant cinq ans qu’ils sont ensembles et Franck attend impatiemment la fin de la soirée pour faire sa demande en mariage. Tout était parfaitement organisé, une bouteille de champagne au frais, un coq au vin soigneusement préparé et une belle bague sertie d’un petit diamant empaquetée dans une boîte à l’apparence mignonne. 

Une fois l’orchestre fini, un homme s’approche de moi. « Franck ? Franck Manning ?
Je me retourne et d’une voix grave, je réponds. – Qu’est-ce que je peux faire pour toi, mon vieux ? 
- Bonjour, je suis Eric, Eric Vans. Je suis un vrai fan, je viens chaque soir dans ce bar pour écouter vos prestations. Est-ce que je pourrais nous prendre tous les deux en photo ? Il sort l’appareil de sa poche.
Je hausse légèrement les sourcils. – Avec joie, mon petit pote.
Eric se met à côté de moi pour tenir l’appareil de face. Quant à moi, je fais don de mon plus beau sourire en tenant le pouce vers le haut. Il appuie sur le bouton, un flash apparait, je cligne des yeux, la photo est prise. – Merci beaucoup, Franck. Je pourrais vous demander un dernier service ?
Je le dévisage, suspicieux. – Je t’écoute ?
- Je…
- Arrête les préliminaires, p’tit gars, et explique-moi ton souhait.
- Très bien… Il reprend sa respiration. Est-ce que je pourrais vous offrir un verre ?
Je pense à la soirée que je suis censé passer avec Eleanor ainsi qu’à ma future demande en mariage. Il n’est que dix-neuf heures, je prévois de rentrer pour vingt-et-une heures. Alors pourquoi pas ? – D’accord, allons-y.
Le bar est joliment décoré de plusieurs bouteilles vides. La serveuse est une belle dame, cheveux longs et bruns. Des jolies lunettes assorties à sa coupe. Les seins rebondis et une taille fine. Après lui avoir fait un clin d’œil, je m’assois sur un tabouret dossier en cuir. Eric a commandé un Gin Tonic pendant que moi, je demande une Vodka on the rocks. Je pose le rebord du verre sur mes lèvres pour faire glisser le fluide alcoolisé à l’intérieur de ma gorge. J’aime beaucoup ce petit rituel qui consiste à boire son verre avec délicatesse. Eric, quant à lui, a déjà vidé sa coupe, il en recommande une deuxième. Mais cette fois-ci, il retire une paille d’un bol posé sur la table du bar pour l’insérer dans sa coupe. Il la sirote tranquillement en jetant quelques regards vicieux à la barmaid. Je le fixe, il me fixe. Je souris, il sourit. Je prends une gorgée, il finit son verre. Et là, je me rends compte qu’il parlait depuis tout à l’heure, je tends l’oreille.

– Elle me dit : « Laisse-moi te jouer un air de guitare. » Alors, je lui donne l’instrument. Elle me regarde, me demande de baisser mon pantalon. Alors moi, je crois qu’elle veut me sucer la queue, donc je m’exécute. Elle me tourne autour, s’abaisse, je ferme les yeux. Et puis d’un seul coup, je ressens comme une douleur. Je suis incapable de me retourner alors je l’appelle pour lui demander ce qu’il se passe. Elle ne répond pas alors je me dirige vers la salle de bain et en regardant dans le miroir, je regarde mes fesses et je m’aperçois qu’elle avait enfoncé le manche de la guitare dans mon cul. Je ne te dis pas le mal qu’ont eu les ambulanciers pour me l’enlever. Je me suis tellement vidé de mon sang que j’ai rempli à moi tout seul un seau en plastique… Ah ah…

Je regarde le fond de mon verre, visiblement absent. Je n’ai pas prêté attention à un traître mot de ce qu’il a dit. Les trois vodkas que j’ai avalées m’ont rendu un peu saoul. Je vais m’arrêter de boire pour l’instant. – Ecoute, Eric. Ce fut sympa de discuter avec toi mais je crois que je vais rentrer, ma fiancée m’attend. »
Eric est affalé sur la table du bar, en train de ronfler. Comme ce n’est pas sûrement pas lui qui va payer, je donne un billet de cinquante euros à la barmaid, tapote sur l’épaule d’Eric, range ma trompette dans la valise et quitte la salle. Dans la rue, il neige, les flocons tombent par milliers. J’essaye d’en attraper un avec ma main, mais il fond au premier contact de celle-ci. Il doit bien y avoir dix centimètres de neige, alors quand je marche, des petits craquements se font entendre. Il est maintenant vingt-deux heures et je dois me dépêcher si je ne veux pas être en retard. Je pourrais prendre un taxi mais le temps d’attendre, il sera trop tard. Alors j’avance sur la poudreuse en sifflant l’hymne de ce soir qui devait être I Want Love*. Je passe à côté d’un SDF habillé d’une veste crasseuse et d’un pantalon troué de partout. D’une main il porte une bouteille de vin à moitié entamée et de l’autre une pancarte où il est marqué AIDEZ-MOI, J’AI FAIM. Je laisse une petite pièce de cinquante centimes dans son gobelet. Il me gratifie d’un « Merci ». Les rues sont sales et boueuses. Il est tard mais les passants arpentent encore la ruelle. J’ai un peu faim, alors je m’arrête à un kebab. J’en commande un au poulet, pendant que le Turc le prépare, j’entends deux clients qui discutent. « Et alors, je lui ai dit que dans le kebab il y a de la viande de cheval. Tu aurais vu la tronche qu’elle a tirée quand elle était en train de manger son sandwich. 
- Ah ah ah, quelle cruche. »

Une fois la préparation terminée, je le dévore de plusieurs croques et je paye. Après avoir étanché ma faim, je me dirige vers l’appartement. Je porte un cigare entre mes lèvres, l’allume et prends une bouffée. En face de l’appartement près de la rue des Toquets. Le portier m’ouvre le chemin. Il porte son petit déguisement de groom. Me saluant d’un « Bonsoir, monsieur Manning. » Je le remercie. Au moment où je rentre dans l’ascenseur, une jolie blonde arrête les portes pour y pénétrer à son tour. 
« Bonjour, mademoiselle. Vous allez à quel étage ? Fais-je.
- Bonjour, monsieur. sixième étage.
J’appuie sur le troisième puis sur le sixième. – Au fait, moi, c’est Franck, Franck Manning.
- Oui, je vous connais, le célèbre musicien qui joue au Septième Ciel.
- « Célèbre », je ne sais pas.
- J’y étais ce soir, vous savez, la jeune fille blonde qui buvait des Bloody Mary pendant que vous discutiez avec un certain monsieur Vans. Un sacré cas celui-là, quand vous êtes parti il s’est endormis puis s’est réveillé et pour engueuler la serveuse en lui demandant de lui servir un double scotch, sauf qu’il n’avait plus un rond. J’ai dû payer pour lui. Dites, sans vouloir être indiscrète, qu’est-ce que vous trimballez dans cette petite boîte rouge emballée d’un ruban ?
- C’est une bague, je compte faire ma demande ce soir.
- Mes félicitations, dit-elle, comment s’appelle la future mariée ?
- Eleanor Hauffman. (TIIIIILT, les portes s’ouvrent.) Heureux d’avoir fait ta connaissance, je descends là.
- Je croiserai les doigts pour vous, Franck.
- Merci. Je retiens les portes. Je ne connais toujours pas votre prénom.
- Appelez-moi Bloody Mary.
- Très bien, Mary. J’espère te revoir bientôt au Septième Ciel.

En sortant, je me fais bousculer par un homme, assez grand, fin, les cheveux plaqués en arrière et un costume noire taché de sang. Malgré le fait que j’ai failli tomber, je me dirige vers la chambre, au moment où je veux insérer la clé dans la serrure, je m’aperçois que la porte est déjà ouverte. Les tableaux sont déchirés, les vases renversés et le sol tapissé de sang. Pris de panique, je jette ma valise, fouille dans le tiroir de l’entrée pour en trouver un pistolet. Je vérifie qu’il est bien chargé et le met en joue pendant que j’inspecte la cuisine auquel on peut y trouver plusieurs assiettes brisées et des casseroles renversées. Puis vient la salle où sur le rebord de la table on peut y trouver des effusions de sang. Effrayé, je me dirige vers la chambre de ma petite fille. Les poupées en porcelaines ont étaient décapitées puis accrochées au mur. Sur le lit, la soie est devenue rouge. Mon enfant est écartelée près de sa mère, des clous plantés sur chacun de leurs doigts. Ils sont enfoncés avec tellement force que si j’essaierais de les retirer, j’arracherais sûrement une phalange. Mais ce n’est pas tout, elle a aussi la bouche grande ouverte, dents arrachées, langue coupée. La bague tombe de mes mains, je m’effondre mais je ne verse pas une larme parce que je suis tétanisé face à un tel spectacle. Lorsque qu’une telle situation arrive, ce n’est pas de la haine, ni de la rage, juste des larmes qui coulent à flots. Ma future-femme… morte… Je ne peux plus m’empêcher de couiner comme à mes quatre ans, lorsque mon chien de chasse a dévoré mon chaton. Je m’accroupis en face de ce qu’il reste d’elle, songeant aux salauds qui ont pu faire une chose pareille. Ma vie est anéantie, complètement détruite. Elle était ma seule raison de vivre, celle qui me forçait à me lever le matin, à aller travailler et maintenant… plus rien. A force de me mordre la lèvre inférieure, je me la suis ouverte. Je passe la main sur ma bouche, ce qui laisse une trace de sang dessus. J’ai besoin de fumer mais j’ai grillé ma dernière cigarette au dernier concert. Après avoir suffisamment pleuré, je repense au mec au costard couvert par le sang. Il ne fait aucun doute que ce soit lui qui a commis le massacre. En fouillant la pièce, j’ouvre un tiroir avec pour emblème celui de la Marihuana, je l’ouvre et je découvre de l’herbe, de la cocaïne, du crack ou de l’héroïne. J’opte pour cette dernière solution. Je prends une cuillère prise dans la cuisine pour faire glisser un peu d’héroïne dessus et, à l’aide de mon briquet, je dilue la came sur le dos de la cuillère pour la rendre liquide. Puis j’injecte la pointe de la seringue dans le liquide pour l’aspirer. J’enlace autour de mon bras un élastique et tapote sur mes veines pour les faire sortir. Je me pique et là, c’est l’extase. J’ai l’impression d’être nu dans un champ de fleurs, en train de courir. Soudain un corbeau apparait, il guette ma déchéance et virevolte. Les couleurs sont vives comme un arc-en-ciel. Je m’imagine aller dans un café pour commander une vodka Redbull. Visiblement, je plais à la serveuse, car elle m’offre la boisson. En regardant dans ma vodka, je vois un poisson rouge qui flotte, je me mets à le toucher et il s’envole. Je reçois une claque, plusieurs claques « Allez, réveille-toi, connard de junkie. J’ai beaucoup de mal de sortir de mon état d’extase, je n’ai pas envie de refaire surface. Lorsque je me réveille, je vois un type mal fringué, mal coiffé, mauvaise dégaine. Je le reconnais, c’est Eric Vans. – Ta fiancée est morte torturée et toi, tout ce que tu penses à faire, c’est à te shooter. T’as pété un câble ? Putain, quelle horreur.
- Je vais traquer ce malade, dis-je. »

Je vais dans la salle de bain, ouvre le robinet et m’asperge le visage d’eau. J’ouvre le tiroir, en ressors une tondeuse, me regarde dans le miroir. D’abord, je coupe mes dreadlocks avec une paire de ciseaux. Puis une fois ceci-coupés, j’appuie sur le bouton de la tondeuse que j’ai réglé à un millimètre. J’ai maintenant le crâne rasé : un nouvel homme est né. Un homme complètement détruit. Je ne peux pas appeler la police, cette fois ci, il s’agit d’une affaire personnelle. Du moins, c’est ce que j’aurais dit et fait si j’étais un homme courageux, mais ce n’est pas le cas. Je ne me suis pas rasé le crâne. Ca fait plusieurs jours que mon appartement est devenu un déchet, des cheeses burgers partout, des cartons entassés. Et moi, j’étais assis sur une table sale mélangeant Jack Daniel’s et antalgiques, je les avale par dix et je prends de grosses gorgées d’alcool. JJe porte un caleçon et un T-shirt blanc qui vire au gris à cause de la crasse. Ca fait une semaine que je n’ai pas fait de concert. J’ai abandonné toute idée de faire de la musique. Maintenant je ne suis plus qu’un alcoolique. 

Un corbeau bleu et au bec rouge sang se pose sur ma fenêtre, il dit « Alors, toujours défoncé ?
- Laisse-moi tranquille, fais-je.
- Les benzo et l’alcool ne te la ramèneront pas. Crooooa.
- J’n’en ai plus rien à foutre. Tu n’aurais pas une cigarette ?
- Désolé, j’ai grillé la dernière ce matin, fait le corbeau.
Je prends plusieurs gorgées de whisky en prenant soin de les avaler avec du Valium. – Vie de merde.
- C’est toi qui la rends merdique avec ton alcool et tes dreadlocks. Sérieusement, qui porte encore ça ? Tu te prends pour le nouveau Bob Marley ? Crooooa
Je tombe de ma chaise, visiblement trop bourré, je me cogne la tête. – Ah, bordel, je suis foutu. 
- Je crois que tu as besoin d’un peu d’herbe. Le corbeau, de ses pattes, met un peu d’herbe dans une longue feuille qu’il lèche avec difficulté. Il le donne à Franck.
- Merci, vieux. J’allume le joint. Au bout de deux taff, je m’évanouis. Putain, qu’est-ce que tu as mis là-dedans ?
- Neurotoxiques. Tu vas aller faire un tour en enfer voir Eleanor.

Neuvième cercle : Les traîtres

Je vois Eleanor dans la bouche de Lucifer, mâchée éternellement par la tête rouge de feu. Elle me regarde et dit – Que fais-tu là, mon bien aimé ? Ta place n’est pas dans les coins gelés de Lucifer.
- Je viens pour toi. Je viens te sauver.
Lucifer s’arrête un instant de croquer ma dame pour dire – Elle ta trahi, c’est une traitresse, une trompeuse. Sa place est dans ma bouche et toi, âme pure, tu devrais t’en aller. Ses ailes battent si fort que je suis propulsé vers la réalité.

Je suis de retour avec le corbeau, je prends le pistolet, jette la bouteille d’alcool, vise l’animal et tire.
Maintenant, tout est fini.

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