20120804

Ferme les yeux, Lulu




Auteur : Gabriel
Genre : Drame
Résumé : Lulu ne demande qu'à exister dans un monde qui n'existe pas.

Ferme les yeux, Lulu

« Lulu, où es-tu ? Lulu ?
Maman, penderie. J’fête mes sept ans avec les araignées suspendues aux toiles de ce que l’on peut appeler ‘l’invisiblement palpable’. Je les aime, elles ne bougent pas, ne parlent pas et représentent l’art des mathématiques.
Je fais un petit son avec ma voix. – Maman… penderie.
Thirty seconds to Mars s’écoulent et la porte du placard s’entre-ouvre. Mes pupilles rétrécissent. L’obscène lumière m’aveugle, je ferme les yeux.
Maman me prend dans ses bras. – Te voilà, sacré petit bout ! Quel Judas tu fais, mon amour.
Toujours dans ses bras, nous allons dans la salle principale où m’attend un énorme gâteau avec autour sept bougies qui sont respectivement de valeurs rouge/blanche/verte/rose/noire et jaune ; la dernière est un mixte des six couleurs.
Sur la chaise, face à la pâtisserie, les caméras et appareil-photos sont pointés dans ma direction.
- Souffle ! dit maman. SOUFFLE et fais un vœu !
Je les regarde, ils enregistrent ce qui est censé être un moment inoubliable. Le temps dépasse celui des autres. Mère éteint les bougies à ma place. Je fais tout de même un souhait : celui d’être seul pour l’éternité.
Affalé sur le fauteuil, j’esquisse un rictus ainsi qu’un regard mauvais que je jette sur papa/maman qui vident à leur tour une bouteille de Crémant. Et si mon sens de l’observation ne me trahit pas, ils entameront bientôt la cinquième ; elle éclate.
C’est père qui s’énerve. – Regarde ton fils ! Il passe tout son temps dans la penderie à compter les insectes, et il n’a même pas lâché un soupir pour ne serait-ce qu’essayer d’éventer les flammes des bougies.
Mère rétorque : - Lulu est dans la pièce, ne parle pas de lui comme si c’était un… autiste.
- Espèce de salope !
Père ouvre le placard au dessus de l’évier pour en sortir une bouteille de Grant’s, boit au goulot et continue de gueuler sur mère. Il monte, soulève un petit meuble, saisit une arme à feu, descend les escaliers, donne un violent coup de pied dans la porte pour pointer le calibre vers moi. – Tu vois ça ! C’est la fin pour toi, enfant de putain ! »
Mon regard absent le fixe anonymement. Je commence par voir de la lividité dans ses yeux, de la peur, il tremble. Père lève le canon pour l’enfoncer dans sa bouche et appuie sur la détente. Sa protubéronce éclate en de multiples morceaux. Des bouts d’os se détachent et un trait inconstant de sang accroche le mur. La bouteille de whisky tombe. Mère est en larmes. Je retourne dans la penderie.

Ferme les yeux, Lulu

Chapitre 2 : Rencontre avec Marshall Stan

En nage et les couvertures hors du lit, je me réveille tout doucement. Je baille, m’étire puis me dirige vers la salle de bain. Je m’asperge le visage d’eau afin de sortir définitivement de ma torpeur. Le miroir reflète l’image d’un jeune garçon, douze ans – pas plus -, les cheveux lisses et argentés jusqu’au bas du dos ; les bras maigres et quelques abdominaux qui ressortent, je suis en train de bander mes muscles. Et après avoir pratiqué un bain de bouche assez léger, je constate avec soulagement que l’intégralité de mon corps est parfait.
Le jet brûlant du pommeau de douche est placé de manière à éclabousser seulement ma chevelure. Dans une phase de bien-être, j’allume une cigarette avant de commencer à me masturber. Je prends une première et grosse taffe, fait du va-et vient, expire la fumée, refait du va-et-vient et après avoir répété l’opération dix fois ; je jette le mégot là où j’ai éjaculé. Je me nettoie le prépuce, me sèche, puis m’habille de la manière suivante : boxer, slim noir, chaussettes, baskets blanches et pour finir, un pull marron.
Dans la pharmacie de Patricia, il y a : deux boîtes de Tersian, quatre de Valium et une de Themesta. Je referme la petite porte à pharmacie pour finalement boire un peu d’eau. Je descends l’escalier marche par marche.
J’entends Patricia dire d’une voix très faible. « C’est toi, Lulu ?...
- Oui, Patricia.
- Pourquoi ne m’appelles-tu plus ‘Maman’ ?...
J’en suis arrivé à la dernière marche. – Tu sais bien que…
- Je sais !...
Dans la pièce où la porte est déjà grande ouverte. La salle est quasiment vide. Tout au fond se trouve une Urne qui contient les cendres de mon père. Celle-ci est posée juste à côté de l’éternel fauteuil où Patricia passe la grande majorité de son temps à guetter chaque bruit, chaque mouvement. Je me sers de l’Urne comme cendrier. Et puis il y a un frigo qui ne sert à rien, alors je rapporte au jour le jour de la nourriture qui vient soit de chez les Jap’, de chez les Turcs ou de chez le Paki’. Malgré la mal-bouffe, ni Patricia, ni moi ne grossissons. Mais ce n’est pas pour les mêmes raisons pour être plus exact, pour des raisons opposées :
1) Je suis jeune
et
2) Je ne suis pas dans une phase de Schizophrénie Paranoïaque à Tendance Suicidaire.
- J’y vais, dis-je.
Patricia ne répond pas et à peine ai-je le temps de claquer la porte que ma sonnerie – qui est Devil Never Cry – résonne. Je décroche le GSM et après avoir laissé l’interlocuteur parler vingt secondes, je cale un : - J’arrive.
Sur la route, le temps est agréablement beau et ce à travers quelques rayons de soleil. Je donnerai n’importe quoi pour un peu de pluie qui me rappellerai immédiatement le bassin d’eau dans lequel j’étais baigné étant fœtus.
Assis en position du Lotus sur le rebord du trottoir, je roule une cigarette et l’allume grâce à un premier coup d’allumette. L’I-Touch en fonction, j’écoute le dernier groupe populaire à la mode.
Une BMW coupée noire s’arrête devant moi. Je m’approche, la vitre de la bagnole s’abaisse légèrement.
- Pas de cigarette, dit l’homme caché derrière son feutrage teinté.
- Ok. je jette la clope.
- Pas de musique.
- Ok. j’éteins l’I-Touch.
La porte arrière s’ouvre. – Monte.
Je m’assis à côté de l’inconnu, plutôt baraqué, en costard/cravate et les cheveux plaqués dos à la nuque. Il me fait vaguement penser à un tueur en série d’un Livre de Mort. J’appelle Livre de Mort les bouquins qui font l’apologie de tout ce qui est contre-nature. Je crois que le dernier roman que j’ai lu c’était Le Froid Posthume d’Elodie Price. La BM démarre. L’homme me propose un verre de Vodka, je refuse.
Il essaye d’entamer la discussion – Comment tu t’appelles ?
- Vous le savez déjà.
- C’est un truc en ‘L’, non ? rétorque t’il.
- Oui.
- J’y suis. C’est Lulu au corps de Luciole !
Sa blague l’amuse, il rit, pas moi, il reprend. – Et moi, tu veux savoir qui je suis ?
- Pas la peine, dis-je, tâtant une pièce de cinq centimes.
- Je me nomme Marshall Stan, je travaille pour une grosse boîte très importante et en pleine expansion. il s’arrête un instant. Ah, nous sommes arrivés !
En effet, je sens la voiture freiner. Maintenant elle est totalement à l’arrêt. J’ouvre la portière et je tombe face à un énorme immeuble avec un type habillé en Groom à l’entrée. Marshall me donne une petite tape dans le dos.
- Avance, dit il.
Je fais quelques pas vers l’avant. Mr Stan salut le groom d’un petit clin d’œil qu’il lui rend en retour. Tout en suivant Marshall dans le hall, je fais glisser la piécette entre mes doigts. Nous entrons dans l’ascenseur, entre le deuxième et le troisième étage, Marshall appuie sur le bouton d’arrêt. Il me regarde, je fais un signe de la tête.

Sans plus attendre, Marshall dépose un baiser sur mon front, le bout de mon nez puis mélange sa langue à la mienne. Langoureusement, nos lèvres sont couvertes de salive. Je défais mon pull. De ses doigts, il titille mes tétons, voyant que cela ne m’excite pas, il y fait glisser le bout de sa langue pour les lécher légèrement, puis les sucer. Avant de passer à la vitesse supérieure. Marshall déboutonne mon jean pour le faire descendre au niveau des genoux. D’une main, il malaxe mon sexe semi-moi puis mon gland après un décalotage qui me procure une érection. Je le regarde faire. Une de mes mains est posée sur le haut de sa tête pendant que l’autre enfonce la tranche de la pièce dans ma paume. Il se relève, m’embrasse, me retourne, défait sa braguette et me pénètre. J’écarte les cuisses qu’il me frappe violemment. Au début je reste debout pendant qu’il joue avec mes fesses puis je me cambre, la tête et les mains par terre, le cul levé, je me fais sodomiser d’abord avec douceur puis avec force. La sensation est la même que celle d’une pointe de seringue ratant une veine et qui réitère l’opération plusieurs fois. La pièce de cinq centimes est maintenant entre mes dents, je la serre avec la conviction que cela va bientôt s’arrêter. Mon souhait est exaucé car après qu’il ait retiré sa queue de mon anus, il me prend par mes cheveux argentés pour jouir dans ma bouche. La pièce sous ma langue est maintenant salie par le sperme, ce qui me rend un peu triste. Marshall sort son portefeuille en peau de gazelle et me jette un billet de dix euros.
- T’es vraiment un mauvais coup, Lulu. il part.
Je me rhabille tranquillement, descend au rez-de-chaussée pour sortir du bâtiment. Je laisse la pièce de cinq centimes au Groom qui fait semblant de me remercier.
De retour à la maison. Patricia est partie se coucher, je dépose le billet de dix euros dans le bol à économie. Je m’installe sur le fauteuil, allume une roulée et murmure tout bas. – Je suis né pour perdre car je n’existe pas. »

Ferme les yeux, Lulu

Chapitre 3 : Celui qui n’existait pas

Patricia s’est suicidée de manière à se trancher une artère avec un énorme morceau de verre. Alors, j’ai touché les économies, l’assurance vie, vendu la maison et ce pour m’installer dans un petit coin de rêve.
Allongé sur le sable, bercé par le vent majestueux du bruit des vagues, mes cheveux argentés mangent l’infinité des grains qui bordent la plage.
Le calme, le silence, la sérénité, le vide, le néant, juste un chaos ambiant d’eau et de terre rocheuse.
« On se sent seul, pas vrai, petit ?
Je retire le chapeau de paille posé sur mon visage pour répondre à l’inconnu. – C’est agréable.
Je ne vois pas bien à quoi il ressemble étant donné qu’il me fait de l’ombre en se tenant dos au soleil.
- T’es nouveau ici, bébé ?
- Je viens d’arriver.
- S’pas des mauvaises nouvelles qui t’amènent dans l’coin, j’espère. Où est ton père ?
- Mort, dis-je avec lividité.
- D’puis longtemps ?
- Dix ans.
L’homme est maintenant à genoux. J’arrive à distinguer un semblant de barbe mais sans en voir plus. – Et le reste de ta famille ?
Anxieux, je ne dis plus rien. Une brise d’air caresse mon visage.
Le bras tendu et la main ouverte, sur sa paume se trouve un petit carton. – Mets-le sur ta langue, dit-il.
Je m’exécute. – C’est quoi ?
- LSD !
- Je ne comprends pas.
- Cela retire l’angoisse, bellot. J’y vais, ciao !
- Salut.
Je reçois quelques gouttes sur le visage, il commence à pleuvoir. Par nostalgie, je décide de rester un peu puis survient l’averse. Je suis torse nu. Lors du toucher, ma peau au contact de l’eau est d’une douceur exquise. Mon ventre gronde, j’ai faim. Dû au mauvais temps, il n’y a plus de stand à hot-dog, je fais donc avec.
Une araignée des sables se balade sur mon torse puis s’arrête. Je sors tranquillement mon paquet d’allumettes pour en craquer une, j’approche la flamme de ses pattes. Elles se consument dans un crépitement. Morte et boule, c’est tout ce qu’il reste de la bête.
Ce qui était un corbeau devient vite une tornade d’oiseaux. L’ancien petit côté paradisiaque s’est maintenant transformé en de multiples flashs incessants d’ombre en rafale.
Je me sens espionné par un journaliste, la tête en forme de boîte, et avec pour micro, un lézard.
Il m’interroge. – Que pensez-vous, bzzzzt…. De la pression idéomotrice ?
Illuminé, je réponds. – Fantasie Dantesque.
Le carton devient rouge feu. – FAUX !
- Les morts ne sont pas de ce monde.
Sa teinture revient à la normale. – Et la situation Terroriste ?
- Magique
Des tonneaux de fer tombent et le vin coule à flot. Je lèche ce qui en déborde, je suis fin joyeux. Je danse nu et je revois Marshall Stan, la queue à l’air cherchant à m’enculer pendant que je me dandine.
Je vomis un torrent de petite monnaie qui clinque en des bruits aigus, jusqu’à former une montagne de pièces. Plutôt que d’escalader le monticule, je le contourne. Avec surprise, je vois Mère en train de pleurer dans la salle de bain.
- Patricia, cela ne va pas ?
En larmes. – Lulu, Lulu… regarde ce que tu es devenu.
- Mais, Patricia…
Je perçois le reflet de Père qui me pointe avec son Magnum. Mère le voit aussi, elle saisie une chaise où sont posées les serviettes pour éclater le miroir.
- Patricia…
- Ne prononce pas mon prénom ! elle prend un énorme morceau de verre pour exposer le côté coupant près de l’une de ses artères.
- Maman ! »
Cela ne se fit pas attendre, elle la coupe, beaucoup de sang s’y échappe, tel une rivière qui re-décore le carrelage en de grosses flaques pourpres.
Je n’ai rien pu faire,
juste,
« Don’t Call My Name ! »

Ferme les yeux, Lulu.

Dernier chapitre : Une sale journée

La reine,
cette rose morte
ne tue,
plus personne.
Les mœurs n’abattent
plus personne.
Oublié,
il s'est frappé
aux
ères chaotiques.

Tu m’as vu grandir,
car,
Pute à plein temps.
Les romantiques,
aux flocons,
allongent la neige.
Pour l’éternité,
Ferme les yeux,
Lulu,
Ferme les yeux.

20120614

Le Miracle


Y a des gens qui pensent que l'être humain il est mauvais et qu'il changera jamais parce qu'il est mauvais.

Auteur : Gabriel
Genre : Dystopie
Résumé : Franck Manning joue dans un orchestre, il compte faire sa demande en mariage à Eleanor. Mais tout ne se passe pas comme prévu, il va tomber dans la déchéance.

Le Miracle

Il y a comme un air de blues, de jazz. Les musiciens sont réunis au milieu de la salle dans le but de faire planer les quelques clients du bar, le Septième Ciel. Composé exclusivement de Noires plutôt de bonne chair et en costume, ils regardent une par une les personnes qui peuplent l’endroit. Le chef de la troupe, c’est Franck Manning. Franck, comme les autres, est bien habillé. Une chemise blanche Yves St Laurent, une veste deux boutons et une cravate noire. Avec ses lunettes teintées, on penserait à un mafieux. Ses cheveux sont moitié lisses, moitié dreadlocks, le tout plaqué en arrière. A part la trompette, il a pour principales qualités : une oreille fine, toujours à l’écoute, le sourire aux lèvres et une gentillesse presque palpable. Ce soir, Franck n’a pas vraiment la tête à jouer de son instrument. Non, il pense à sa compagne, Eleanor Hauffman. Cela fait maintenant cinq ans qu’ils sont ensembles et Franck attend impatiemment la fin de la soirée pour faire sa demande en mariage. Tout était parfaitement organisé, une bouteille de champagne au frais, un coq au vin soigneusement préparé et une belle bague sertie d’un petit diamant empaquetée dans une boîte à l’apparence mignonne. 

Une fois l’orchestre fini, un homme s’approche de moi. « Franck ? Franck Manning ?
Je me retourne et d’une voix grave, je réponds. – Qu’est-ce que je peux faire pour toi, mon vieux ? 
- Bonjour, je suis Eric, Eric Vans. Je suis un vrai fan, je viens chaque soir dans ce bar pour écouter vos prestations. Est-ce que je pourrais nous prendre tous les deux en photo ? Il sort l’appareil de sa poche.
Je hausse légèrement les sourcils. – Avec joie, mon petit pote.
Eric se met à côté de moi pour tenir l’appareil de face. Quant à moi, je fais don de mon plus beau sourire en tenant le pouce vers le haut. Il appuie sur le bouton, un flash apparait, je cligne des yeux, la photo est prise. – Merci beaucoup, Franck. Je pourrais vous demander un dernier service ?
Je le dévisage, suspicieux. – Je t’écoute ?
- Je…
- Arrête les préliminaires, p’tit gars, et explique-moi ton souhait.
- Très bien… Il reprend sa respiration. Est-ce que je pourrais vous offrir un verre ?
Je pense à la soirée que je suis censé passer avec Eleanor ainsi qu’à ma future demande en mariage. Il n’est que dix-neuf heures, je prévois de rentrer pour vingt-et-une heures. Alors pourquoi pas ? – D’accord, allons-y.
Le bar est joliment décoré de plusieurs bouteilles vides. La serveuse est une belle dame, cheveux longs et bruns. Des jolies lunettes assorties à sa coupe. Les seins rebondis et une taille fine. Après lui avoir fait un clin d’œil, je m’assois sur un tabouret dossier en cuir. Eric a commandé un Gin Tonic pendant que moi, je demande une Vodka on the rocks. Je pose le rebord du verre sur mes lèvres pour faire glisser le fluide alcoolisé à l’intérieur de ma gorge. J’aime beaucoup ce petit rituel qui consiste à boire son verre avec délicatesse. Eric, quant à lui, a déjà vidé sa coupe, il en recommande une deuxième. Mais cette fois-ci, il retire une paille d’un bol posé sur la table du bar pour l’insérer dans sa coupe. Il la sirote tranquillement en jetant quelques regards vicieux à la barmaid. Je le fixe, il me fixe. Je souris, il sourit. Je prends une gorgée, il finit son verre. Et là, je me rends compte qu’il parlait depuis tout à l’heure, je tends l’oreille.

– Elle me dit : « Laisse-moi te jouer un air de guitare. » Alors, je lui donne l’instrument. Elle me regarde, me demande de baisser mon pantalon. Alors moi, je crois qu’elle veut me sucer la queue, donc je m’exécute. Elle me tourne autour, s’abaisse, je ferme les yeux. Et puis d’un seul coup, je ressens comme une douleur. Je suis incapable de me retourner alors je l’appelle pour lui demander ce qu’il se passe. Elle ne répond pas alors je me dirige vers la salle de bain et en regardant dans le miroir, je regarde mes fesses et je m’aperçois qu’elle avait enfoncé le manche de la guitare dans mon cul. Je ne te dis pas le mal qu’ont eu les ambulanciers pour me l’enlever. Je me suis tellement vidé de mon sang que j’ai rempli à moi tout seul un seau en plastique… Ah ah…

Je regarde le fond de mon verre, visiblement absent. Je n’ai pas prêté attention à un traître mot de ce qu’il a dit. Les trois vodkas que j’ai avalées m’ont rendu un peu saoul. Je vais m’arrêter de boire pour l’instant. – Ecoute, Eric. Ce fut sympa de discuter avec toi mais je crois que je vais rentrer, ma fiancée m’attend. »
Eric est affalé sur la table du bar, en train de ronfler. Comme ce n’est pas sûrement pas lui qui va payer, je donne un billet de cinquante euros à la barmaid, tapote sur l’épaule d’Eric, range ma trompette dans la valise et quitte la salle. Dans la rue, il neige, les flocons tombent par milliers. J’essaye d’en attraper un avec ma main, mais il fond au premier contact de celle-ci. Il doit bien y avoir dix centimètres de neige, alors quand je marche, des petits craquements se font entendre. Il est maintenant vingt-deux heures et je dois me dépêcher si je ne veux pas être en retard. Je pourrais prendre un taxi mais le temps d’attendre, il sera trop tard. Alors j’avance sur la poudreuse en sifflant l’hymne de ce soir qui devait être I Want Love*. Je passe à côté d’un SDF habillé d’une veste crasseuse et d’un pantalon troué de partout. D’une main il porte une bouteille de vin à moitié entamée et de l’autre une pancarte où il est marqué AIDEZ-MOI, J’AI FAIM. Je laisse une petite pièce de cinquante centimes dans son gobelet. Il me gratifie d’un « Merci ». Les rues sont sales et boueuses. Il est tard mais les passants arpentent encore la ruelle. J’ai un peu faim, alors je m’arrête à un kebab. J’en commande un au poulet, pendant que le Turc le prépare, j’entends deux clients qui discutent. « Et alors, je lui ai dit que dans le kebab il y a de la viande de cheval. Tu aurais vu la tronche qu’elle a tirée quand elle était en train de manger son sandwich. 
- Ah ah ah, quelle cruche. »

Une fois la préparation terminée, je le dévore de plusieurs croques et je paye. Après avoir étanché ma faim, je me dirige vers l’appartement. Je porte un cigare entre mes lèvres, l’allume et prends une bouffée. En face de l’appartement près de la rue des Toquets. Le portier m’ouvre le chemin. Il porte son petit déguisement de groom. Me saluant d’un « Bonsoir, monsieur Manning. » Je le remercie. Au moment où je rentre dans l’ascenseur, une jolie blonde arrête les portes pour y pénétrer à son tour. 
« Bonjour, mademoiselle. Vous allez à quel étage ? Fais-je.
- Bonjour, monsieur. sixième étage.
J’appuie sur le troisième puis sur le sixième. – Au fait, moi, c’est Franck, Franck Manning.
- Oui, je vous connais, le célèbre musicien qui joue au Septième Ciel.
- « Célèbre », je ne sais pas.
- J’y étais ce soir, vous savez, la jeune fille blonde qui buvait des Bloody Mary pendant que vous discutiez avec un certain monsieur Vans. Un sacré cas celui-là, quand vous êtes parti il s’est endormis puis s’est réveillé et pour engueuler la serveuse en lui demandant de lui servir un double scotch, sauf qu’il n’avait plus un rond. J’ai dû payer pour lui. Dites, sans vouloir être indiscrète, qu’est-ce que vous trimballez dans cette petite boîte rouge emballée d’un ruban ?
- C’est une bague, je compte faire ma demande ce soir.
- Mes félicitations, dit-elle, comment s’appelle la future mariée ?
- Eleanor Hauffman. (TIIIIILT, les portes s’ouvrent.) Heureux d’avoir fait ta connaissance, je descends là.
- Je croiserai les doigts pour vous, Franck.
- Merci. Je retiens les portes. Je ne connais toujours pas votre prénom.
- Appelez-moi Bloody Mary.
- Très bien, Mary. J’espère te revoir bientôt au Septième Ciel.

En sortant, je me fais bousculer par un homme, assez grand, fin, les cheveux plaqués en arrière et un costume noire taché de sang. Malgré le fait que j’ai failli tomber, je me dirige vers la chambre, au moment où je veux insérer la clé dans la serrure, je m’aperçois que la porte est déjà ouverte. Les tableaux sont déchirés, les vases renversés et le sol tapissé de sang. Pris de panique, je jette ma valise, fouille dans le tiroir de l’entrée pour en trouver un pistolet. Je vérifie qu’il est bien chargé et le met en joue pendant que j’inspecte la cuisine auquel on peut y trouver plusieurs assiettes brisées et des casseroles renversées. Puis vient la salle où sur le rebord de la table on peut y trouver des effusions de sang. Effrayé, je me dirige vers la chambre de ma petite fille. Les poupées en porcelaines ont étaient décapitées puis accrochées au mur. Sur le lit, la soie est devenue rouge. Mon enfant est écartelée près de sa mère, des clous plantés sur chacun de leurs doigts. Ils sont enfoncés avec tellement force que si j’essaierais de les retirer, j’arracherais sûrement une phalange. Mais ce n’est pas tout, elle a aussi la bouche grande ouverte, dents arrachées, langue coupée. La bague tombe de mes mains, je m’effondre mais je ne verse pas une larme parce que je suis tétanisé face à un tel spectacle. Lorsque qu’une telle situation arrive, ce n’est pas de la haine, ni de la rage, juste des larmes qui coulent à flots. Ma future-femme… morte… Je ne peux plus m’empêcher de couiner comme à mes quatre ans, lorsque mon chien de chasse a dévoré mon chaton. Je m’accroupis en face de ce qu’il reste d’elle, songeant aux salauds qui ont pu faire une chose pareille. Ma vie est anéantie, complètement détruite. Elle était ma seule raison de vivre, celle qui me forçait à me lever le matin, à aller travailler et maintenant… plus rien. A force de me mordre la lèvre inférieure, je me la suis ouverte. Je passe la main sur ma bouche, ce qui laisse une trace de sang dessus. J’ai besoin de fumer mais j’ai grillé ma dernière cigarette au dernier concert. Après avoir suffisamment pleuré, je repense au mec au costard couvert par le sang. Il ne fait aucun doute que ce soit lui qui a commis le massacre. En fouillant la pièce, j’ouvre un tiroir avec pour emblème celui de la Marihuana, je l’ouvre et je découvre de l’herbe, de la cocaïne, du crack ou de l’héroïne. J’opte pour cette dernière solution. Je prends une cuillère prise dans la cuisine pour faire glisser un peu d’héroïne dessus et, à l’aide de mon briquet, je dilue la came sur le dos de la cuillère pour la rendre liquide. Puis j’injecte la pointe de la seringue dans le liquide pour l’aspirer. J’enlace autour de mon bras un élastique et tapote sur mes veines pour les faire sortir. Je me pique et là, c’est l’extase. J’ai l’impression d’être nu dans un champ de fleurs, en train de courir. Soudain un corbeau apparait, il guette ma déchéance et virevolte. Les couleurs sont vives comme un arc-en-ciel. Je m’imagine aller dans un café pour commander une vodka Redbull. Visiblement, je plais à la serveuse, car elle m’offre la boisson. En regardant dans ma vodka, je vois un poisson rouge qui flotte, je me mets à le toucher et il s’envole. Je reçois une claque, plusieurs claques « Allez, réveille-toi, connard de junkie. J’ai beaucoup de mal de sortir de mon état d’extase, je n’ai pas envie de refaire surface. Lorsque je me réveille, je vois un type mal fringué, mal coiffé, mauvaise dégaine. Je le reconnais, c’est Eric Vans. – Ta fiancée est morte torturée et toi, tout ce que tu penses à faire, c’est à te shooter. T’as pété un câble ? Putain, quelle horreur.
- Je vais traquer ce malade, dis-je. »

Je vais dans la salle de bain, ouvre le robinet et m’asperge le visage d’eau. J’ouvre le tiroir, en ressors une tondeuse, me regarde dans le miroir. D’abord, je coupe mes dreadlocks avec une paire de ciseaux. Puis une fois ceci-coupés, j’appuie sur le bouton de la tondeuse que j’ai réglé à un millimètre. J’ai maintenant le crâne rasé : un nouvel homme est né. Un homme complètement détruit. Je ne peux pas appeler la police, cette fois ci, il s’agit d’une affaire personnelle. Du moins, c’est ce que j’aurais dit et fait si j’étais un homme courageux, mais ce n’est pas le cas. Je ne me suis pas rasé le crâne. Ca fait plusieurs jours que mon appartement est devenu un déchet, des cheeses burgers partout, des cartons entassés. Et moi, j’étais assis sur une table sale mélangeant Jack Daniel’s et antalgiques, je les avale par dix et je prends de grosses gorgées d’alcool. JJe porte un caleçon et un T-shirt blanc qui vire au gris à cause de la crasse. Ca fait une semaine que je n’ai pas fait de concert. J’ai abandonné toute idée de faire de la musique. Maintenant je ne suis plus qu’un alcoolique. 

Un corbeau bleu et au bec rouge sang se pose sur ma fenêtre, il dit « Alors, toujours défoncé ?
- Laisse-moi tranquille, fais-je.
- Les benzo et l’alcool ne te la ramèneront pas. Crooooa.
- J’n’en ai plus rien à foutre. Tu n’aurais pas une cigarette ?
- Désolé, j’ai grillé la dernière ce matin, fait le corbeau.
Je prends plusieurs gorgées de whisky en prenant soin de les avaler avec du Valium. – Vie de merde.
- C’est toi qui la rends merdique avec ton alcool et tes dreadlocks. Sérieusement, qui porte encore ça ? Tu te prends pour le nouveau Bob Marley ? Crooooa
Je tombe de ma chaise, visiblement trop bourré, je me cogne la tête. – Ah, bordel, je suis foutu. 
- Je crois que tu as besoin d’un peu d’herbe. Le corbeau, de ses pattes, met un peu d’herbe dans une longue feuille qu’il lèche avec difficulté. Il le donne à Franck.
- Merci, vieux. J’allume le joint. Au bout de deux taff, je m’évanouis. Putain, qu’est-ce que tu as mis là-dedans ?
- Neurotoxiques. Tu vas aller faire un tour en enfer voir Eleanor.

Neuvième cercle : Les traîtres

Je vois Eleanor dans la bouche de Lucifer, mâchée éternellement par la tête rouge de feu. Elle me regarde et dit – Que fais-tu là, mon bien aimé ? Ta place n’est pas dans les coins gelés de Lucifer.
- Je viens pour toi. Je viens te sauver.
Lucifer s’arrête un instant de croquer ma dame pour dire – Elle ta trahi, c’est une traitresse, une trompeuse. Sa place est dans ma bouche et toi, âme pure, tu devrais t’en aller. Ses ailes battent si fort que je suis propulsé vers la réalité.

Je suis de retour avec le corbeau, je prends le pistolet, jette la bouteille d’alcool, vise l’animal et tire.
Maintenant, tout est fini.

20120501

Les Balivernes de la Drogue


Auteur : Gabriel
Genre : Réaliste
Résumé : Luu est toujours enfermée dans le complexe de la drogue. Elle ne ressortira jamais de cette spirale infernale.

Les Balivernes de la Drogue

Je m’appelle Luu.
Hier soir, hors de l’appartement, je me suis exercé à boire une bouteille de vodka, je vomis trois fois d’affilée. En plein délire, j’agresse plusieurs passantes dans la rue avec un « Qu’est-ce que tu fous là » ou encore « Sale pute, je vais te désosser. » Passe quelques minutes et je m’évanouis – J’apprendrai plus tard qu’il s’agissait d’une crise convulsive.
Ma tête s’est salement claquée contre le béton.
Une vieille dame s’aperçoit de mon corps inanimé, qui lui, baigne dans une mare de sang au niveau de la caboche. Les secours sont en route. La demi-heure qui suit, je suis entourée de trois pompiers ainsi que d’une foule de personnes qui sont sans doute mes voisins. Je vois trouble et je ne me souviens de rien, seule la bouteille Russe peut témoigner d’une cuite certaine. J’entends tous ces lèches-bottes.

« C’est une dépravée.
- De la pure débauche.
- Vraiment indigne. Lâche une femme.
Le pompier me donne quelques claques. – Mademoiselle ? Vous m’entendez ?
- Qu’est-ce que vous me voulez ? J’ai un putain de mal de crâne.
- Vous venez de vous éclater l’arcade, c’est ouvert. On vous emmène à l’hôpital.
Et cela ne se fit pas attendre. Un, deux, trois, et hop, sur la civière. Un, deux, trois, et hop, dans le camion. Les traîtres, ils m’ont attachée. Je remuais trop. Il est d’une sensation horrible que celle de ne pas pouvoir bouger un muscle. Je ne peux m’empêcher d’avoir follement envie de gratter la plaie. – Pitié, détachez-moi. Je suis claustrophobe.
- Du calme, et arrêtez de relever la tête. »
Je suis vaincue, alors je me détends.Aux Urgences, sur le lit fait de draps blanc. Je suis reliée à une intraveineuse. La lumière de la chambre m’aveugle. Je me mets debout pour retirer la piqûre qui est jointe à l'une de mes veines. En pyjama bleu ciel, je me balade dans l’immensité du labyrinthe qu’est le CHU et mon mal de crâne n’arrange pas les choses. Je vois la porte de sortie. Seulement, il me faut passer par le bureau des médecins pour l’atteindre. Il n’y a personne, seulement une infirmière qui tape sur son clavier. Sûre de moi, je passe discrètement. Dehors, il y a quelques malades qui tirent sur leur cigarette. Complètement disjonctée, j’arrive dans le jardin, me surprenant à faire de l'auto-stop, le pouce en l’air. Evidemment, il n’y a pas de voitures et cela a vite fait de me décourager. Je fais demi-tour pour me rendre à la réception dans l’espoir de retrouver mon lit.

« Vous voulez quoi ?
Après un moment d’attente, je réponds. – Je suis perdue, je ne retrouve plus ma chambre.
La standardiste appelle un costaud qui, sans prendre de gants attrape ma main pour lire mon nom sur le bracelet qui entoure mon poignet. – Tape Luu Adamovitch.
- Elle est en chambre 213 dans les quartiers de haute sécurité.
Sans lâcher ma poigne, il me pousse pour me ramener à ma chambre. Un médecin passe me voir, il me regarde avec pitié. Je le fixe, il finit par dire. – Comment vous sentez vous ?
- Je veux une bouteille d’eau, je le veux. Je veux une bouteille d’eau…
- Y a-t-il un proche que l’on peut appeler ?
Soudain, un éclat gagne mes yeux. – Yuri Adamovitch, c’est mon mari.
Le médecin tend un énorme sac en plastique – Tenez, ce sont vos affaires. Vous pouvez vous habiller mais nous vous demanderons de rester encore quelques heures dans l’hôpital.
- Merci. »
Après m’être assurée qu’il soit parti, j’en profite pour fouiller le sac, pour ainsi en ressortir ma veste militaire. Dans la poche intérieur se trouve une fiole de whisky et dans celle extérieure une énorme bière de cinquante centilitres à douze degrés. Voilà de quoi m’aider à remonter la pente. Je me dirige vers les toilettes. Ouvre la fiole pour la boire au goulot. Je sens le fluide alcoolisé qui pénètre mon corps qui lui, n’a rien d’un temple. Cela me fait un bien immense. Quand je pense à ces cons qui n’ont même pas pensés à fouiller mes poches. Je finis l’alcool. Je suis un peu saoule. On toque à la porte. « C’est occupé, fais-je. » C’est au tour de la canette que je décapsule à la main. Je n’y arrive pas du premier coup, je suis encore faible et je ne peux m’empêcher de trembler. Je réessaye et un « pssssscht » vient résonner dans la pièce, la moitié de la bière vient de se renverser. Ce qui me rend un peu triste. Je bois le reste, range le tout dans mes poches, tire la chasse d’eau – Malgré le fait que je n’ai pas utilisé les toilettes pour autre chose que boire. J’ouvre la porte, il y a deux personnes qui attendent leur tour. J’esquisse un sourire et me dirige vers ma chambre en titubant. L’alcool commence à me monter sévèrement à la tête et je doute fort de pouvoir parler normalement, c’est pourquoi j’évite le plus d’infirmiers possible. Une fois dans la salle 213, je m’habille entièrement. Un auxiliaire de vie vient toquer à la porte, je lui dis d’entrer, il me regarde.
« Vous avez les joues rouges.
Je cherche une excuse à tout prix. - C’est le manque de médicaments.
- Justement, j’ai ça pour vous. Il me tend un cachet rose.
- C’est quoi ? Avide de défonce.
- Du Subutex, votre ami m’a dit que vous en prenez trois fois par jour. (Sacré Yuri, tu me sauves encore une fois.) Tenez, un peu d’eau. »
Je prends le cachet, le pose sur ma langue et avale une gorgée pour avaler le tout. Fatiguée, je me couche sous les draps.

*

Des sons proviennent de l’extérieur. « Où est-elle ?
- Vous n’avez pas le droit d’entrer.
- Je suis son avocat. L’homme a une voix douce et agréable. Une voix que je connais.
- D’accord, allez-y. Chambre 213.
Aussitôt, je vois un garçon mal coiffé dans un complet Valentino. – Yuri !
- Luu… Tu as encore déconné. Tu sais que si tu veux te défoncer, tu peux le faire à l’appart’.
- Mon amour, tu m’as apporté quelque chose ?
- Oui, je t’emmène dehors pour dix minutes.
Après m’être étirée, je suis Yuri, qui semble mieux connaitre l’hôpital que moi. Au porche, mon homme sort une feuille slim de son paquet. Il dépose un peu de tabac et de beuh dedans, roule le tout puis lèche le côté collant pour faire un joint. Il retire de sa poche son Zippo où sont gravées les initiales N.F. puis allume la drogue. Il prend une taf puis me le passe.
- Tiens, ça va te faire un peu de bien.
- Tu es vraiment chou. (J’avale la fumée.) On rentre quand ?
- Dès que le médecin en aura fini avec toi. Je crois qu’il sait pour ta politoxicomanie, et il souhaite sans doute que tu sois internée en psychiatrie.
Consternée que Yuri me balance ça à la tronche, je suis prise de frissons. Je tire sur le joint à plusieurs reprises. J’ai de nouveau sommeil. – Mais nous vivons ensemble, je n’ai pas envie d’aller me faire lobotomiser.
- Ne t’inquiète pas. Personne ne va te toucher. (Il me prend dans ses bras. S’ensuit d’un long baiser langoureux.) Viens, on y va.
- Tu veux partir de l’hôpital ? Tu vas avoir des ennuis.
- Ils ont autre chose à faire que de poursuivre une junkie. »
Il nous a fallu une heure de métro pour s’arrêter au bon endroit et deux heures supplémentaire pour attendre le bus. Pourquoi ces salopards ne passent qu’une fois toutes les deux heures ?! J’étais assoiffée mais je ne voulais pas le dire à Yuri. Le joint a rendu ma bouche pâteuse. De retour à l’appartement, c’est le bordel. Ca a toujours été le foutoir mais là, c’est pire qu’avant. Le matelas avait quitté le lit, les cendriers étaient renversés, et des débris de verre peuplaient le parquet. Je regarde Yuri avec passion. Par sensualité, je défais sa cravate, puis sa veste. Au moment où je veux ouvrir la braguette de son pantalon, il m’arrête.
« Je peux savoir ce que tu fais, Luu ?
- Tu n’en as pas envie ?
- Non.
- Moi, j’ai très envie de toi.
- Pas moi.
Frustrée, je me jette sur le matelas. – Je vais dormir alors. »

*

Une chose humide, comme une langue, vient toucher ma bouche. C’est très agréable. « Hum… Yuri… Tu vois que tu en as envie.
J’ouvre les paupières. Je reçois un petit coup de patte. C’est notre chat (Tennie, de son prénom) qui remue sa truffe sur mes lèvres. Yuri est assis en train de jouer un rif de guitare électrique, le casque sur les oreilles.
- YURI ! Même en criant, il ne m’entend pas. Alors, j’entoure mes bras autour de son cou. Il retire son casque.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Pas de nouvelles des urgences ?
- Quelles urgences ?
- Tu sais, tu es venue me chercher à l’hôpital.
- Tu es encore défoncée, Luu. Tu n’as pas bougé de la chambre depuis une semaine. Fais-toi un fix et laisse-moi jouer. »
Je prends une seringue dans la commode ainsi qu’un peu d’héroïne que je place sur une cuillère pour y faire réchauffer le dos. Je pique une de mes veines. Prise d’un orgasme, je me laisse tomber au sol. Je m’appelle Luu.