Genre : Drame
Résumé : Lulu ne demande qu'à exister dans un monde qui n'existe pas.
Ferme les yeux, Lulu
« Lulu, où es-tu ? Lulu ?
Maman, penderie. J’fête mes sept ans avec les araignées suspendues aux toiles de ce que l’on peut appeler ‘l’invisiblement palpable’. Je les aime, elles ne bougent pas, ne parlent pas et représentent l’art des mathématiques.
Je fais un petit son avec ma voix. – Maman… penderie.
Thirty seconds to Mars s’écoulent et la porte du placard s’entre-ouvre. Mes pupilles rétrécissent. L’obscène lumière m’aveugle, je ferme les yeux.
Maman me prend dans ses bras. – Te voilà, sacré petit bout ! Quel Judas tu fais, mon amour.
Toujours dans ses bras, nous allons dans la salle principale où m’attend un énorme gâteau avec autour sept bougies qui sont respectivement de valeurs rouge/blanche/verte/rose/noire et jaune ; la dernière est un mixte des six couleurs.
Sur la chaise, face à la pâtisserie, les caméras et appareil-photos sont pointés dans ma direction.
- Souffle ! dit maman. SOUFFLE et fais un vœu !
Je les regarde, ils enregistrent ce qui est censé être un moment inoubliable. Le temps dépasse celui des autres. Mère éteint les bougies à ma place. Je fais tout de même un souhait : celui d’être seul pour l’éternité.
Affalé sur le fauteuil, j’esquisse un rictus ainsi qu’un regard mauvais que je jette sur papa/maman qui vident à leur tour une bouteille de Crémant. Et si mon sens de l’observation ne me trahit pas, ils entameront bientôt la cinquième ; elle éclate.
C’est père qui s’énerve. – Regarde ton fils ! Il passe tout son temps dans la penderie à compter les insectes, et il n’a même pas lâché un soupir pour ne serait-ce qu’essayer d’éventer les flammes des bougies.
Mère rétorque : - Lulu est dans la pièce, ne parle pas de lui comme si c’était un… autiste.
- Espèce de salope !
Père ouvre le placard au dessus de l’évier pour en sortir une bouteille de Grant’s, boit au goulot et continue de gueuler sur mère. Il monte, soulève un petit meuble, saisit une arme à feu, descend les escaliers, donne un violent coup de pied dans la porte pour pointer le calibre vers moi. – Tu vois ça ! C’est la fin pour toi, enfant de putain ! »
Mon regard absent le fixe anonymement. Je commence par voir de la lividité dans ses yeux, de la peur, il tremble. Père lève le canon pour l’enfoncer dans sa bouche et appuie sur la détente. Sa protubéronce éclate en de multiples morceaux. Des bouts d’os se détachent et un trait inconstant de sang accroche le mur. La bouteille de whisky tombe. Mère est en larmes. Je retourne dans la penderie.
Ferme les yeux, Lulu
Chapitre 2 : Rencontre avec Marshall Stan
En nage et les couvertures hors du lit, je me réveille tout doucement. Je baille, m’étire puis me dirige vers la salle de bain. Je m’asperge le visage d’eau afin de sortir définitivement de ma torpeur. Le miroir reflète l’image d’un jeune garçon, douze ans – pas plus -, les cheveux lisses et argentés jusqu’au bas du dos ; les bras maigres et quelques abdominaux qui ressortent, je suis en train de bander mes muscles. Et après avoir pratiqué un bain de bouche assez léger, je constate avec soulagement que l’intégralité de mon corps est parfait.
Le jet brûlant du pommeau de douche est placé de manière à éclabousser seulement ma chevelure. Dans une phase de bien-être, j’allume une cigarette avant de commencer à me masturber. Je prends une première et grosse taffe, fait du va-et vient, expire la fumée, refait du va-et-vient et après avoir répété l’opération dix fois ; je jette le mégot là où j’ai éjaculé. Je me nettoie le prépuce, me sèche, puis m’habille de la manière suivante : boxer, slim noir, chaussettes, baskets blanches et pour finir, un pull marron.
Dans la pharmacie de Patricia, il y a : deux boîtes de Tersian, quatre de Valium et une de Themesta. Je referme la petite porte à pharmacie pour finalement boire un peu d’eau. Je descends l’escalier marche par marche.
J’entends Patricia dire d’une voix très faible. « C’est toi, Lulu ?...
- Oui, Patricia.
- Pourquoi ne m’appelles-tu plus ‘Maman’ ?...
J’en suis arrivé à la dernière marche. – Tu sais bien que…
- Je sais !...
Dans la pièce où la porte est déjà grande ouverte. La salle est quasiment vide. Tout au fond se trouve une Urne qui contient les cendres de mon père. Celle-ci est posée juste à côté de l’éternel fauteuil où Patricia passe la grande majorité de son temps à guetter chaque bruit, chaque mouvement. Je me sers de l’Urne comme cendrier. Et puis il y a un frigo qui ne sert à rien, alors je rapporte au jour le jour de la nourriture qui vient soit de chez les Jap’, de chez les Turcs ou de chez le Paki’. Malgré la mal-bouffe, ni Patricia, ni moi ne grossissons. Mais ce n’est pas pour les mêmes raisons pour être plus exact, pour des raisons opposées :
1) Je suis jeune
et
2) Je ne suis pas dans une phase de Schizophrénie Paranoïaque à Tendance Suicidaire.
- J’y vais, dis-je.
Patricia ne répond pas et à peine ai-je le temps de claquer la porte que ma sonnerie – qui est Devil Never Cry – résonne. Je décroche le GSM et après avoir laissé l’interlocuteur parler vingt secondes, je cale un : - J’arrive.
Sur la route, le temps est agréablement beau et ce à travers quelques rayons de soleil. Je donnerai n’importe quoi pour un peu de pluie qui me rappellerai immédiatement le bassin d’eau dans lequel j’étais baigné étant fœtus.
Assis en position du Lotus sur le rebord du trottoir, je roule une cigarette et l’allume grâce à un premier coup d’allumette. L’I-Touch en fonction, j’écoute le dernier groupe populaire à la mode.
Une BMW coupée noire s’arrête devant moi. Je m’approche, la vitre de la bagnole s’abaisse légèrement.
- Pas de cigarette, dit l’homme caché derrière son feutrage teinté.
- Ok. je jette la clope.
- Pas de musique.
- Ok. j’éteins l’I-Touch.
La porte arrière s’ouvre. – Monte.
Je m’assis à côté de l’inconnu, plutôt baraqué, en costard/cravate et les cheveux plaqués dos à la nuque. Il me fait vaguement penser à un tueur en série d’un Livre de Mort. J’appelle Livre de Mort les bouquins qui font l’apologie de tout ce qui est contre-nature. Je crois que le dernier roman que j’ai lu c’était Le Froid Posthume d’Elodie Price. La BM démarre. L’homme me propose un verre de Vodka, je refuse.
Il essaye d’entamer la discussion – Comment tu t’appelles ?
- Vous le savez déjà.
- C’est un truc en ‘L’, non ? rétorque t’il.
- Oui.
- J’y suis. C’est Lulu au corps de Luciole !
Sa blague l’amuse, il rit, pas moi, il reprend. – Et moi, tu veux savoir qui je suis ?
- Pas la peine, dis-je, tâtant une pièce de cinq centimes.
- Je me nomme Marshall Stan, je travaille pour une grosse boîte très importante et en pleine expansion. il s’arrête un instant. Ah, nous sommes arrivés !
En effet, je sens la voiture freiner. Maintenant elle est totalement à l’arrêt. J’ouvre la portière et je tombe face à un énorme immeuble avec un type habillé en Groom à l’entrée. Marshall me donne une petite tape dans le dos.
- Avance, dit il.
Je fais quelques pas vers l’avant. Mr Stan salut le groom d’un petit clin d’œil qu’il lui rend en retour. Tout en suivant Marshall dans le hall, je fais glisser la piécette entre mes doigts. Nous entrons dans l’ascenseur, entre le deuxième et le troisième étage, Marshall appuie sur le bouton d’arrêt. Il me regarde, je fais un signe de la tête.
Sans plus attendre, Marshall dépose un baiser sur mon front, le bout de mon nez puis mélange sa langue à la mienne. Langoureusement, nos lèvres sont couvertes de salive. Je défais mon pull. De ses doigts, il titille mes tétons, voyant que cela ne m’excite pas, il y fait glisser le bout de sa langue pour les lécher légèrement, puis les sucer. Avant de passer à la vitesse supérieure. Marshall déboutonne mon jean pour le faire descendre au niveau des genoux. D’une main, il malaxe mon sexe semi-moi puis mon gland après un décalotage qui me procure une érection. Je le regarde faire. Une de mes mains est posée sur le haut de sa tête pendant que l’autre enfonce la tranche de la pièce dans ma paume. Il se relève, m’embrasse, me retourne, défait sa braguette et me pénètre. J’écarte les cuisses qu’il me frappe violemment. Au début je reste debout pendant qu’il joue avec mes fesses puis je me cambre, la tête et les mains par terre, le cul levé, je me fais sodomiser d’abord avec douceur puis avec force. La sensation est la même que celle d’une pointe de seringue ratant une veine et qui réitère l’opération plusieurs fois. La pièce de cinq centimes est maintenant entre mes dents, je la serre avec la conviction que cela va bientôt s’arrêter. Mon souhait est exaucé car après qu’il ait retiré sa queue de mon anus, il me prend par mes cheveux argentés pour jouir dans ma bouche. La pièce sous ma langue est maintenant salie par le sperme, ce qui me rend un peu triste. Marshall sort son portefeuille en peau de gazelle et me jette un billet de dix euros.
- T’es vraiment un mauvais coup, Lulu. il part.
Je me rhabille tranquillement, descend au rez-de-chaussée pour sortir du bâtiment. Je laisse la pièce de cinq centimes au Groom qui fait semblant de me remercier.
De retour à la maison. Patricia est partie se coucher, je dépose le billet de dix euros dans le bol à économie. Je m’installe sur le fauteuil, allume une roulée et murmure tout bas. – Je suis né pour perdre car je n’existe pas. »
Ferme les yeux, Lulu
Chapitre 3 : Celui qui n’existait pas
Patricia s’est suicidée de manière à se trancher une artère avec un énorme morceau de verre. Alors, j’ai touché les économies, l’assurance vie, vendu la maison et ce pour m’installer dans un petit coin de rêve.
Allongé sur le sable, bercé par le vent majestueux du bruit des vagues, mes cheveux argentés mangent l’infinité des grains qui bordent la plage.
Le calme, le silence, la sérénité, le vide, le néant, juste un chaos ambiant d’eau et de terre rocheuse.
« On se sent seul, pas vrai, petit ?
Je retire le chapeau de paille posé sur mon visage pour répondre à l’inconnu. – C’est agréable.
Je ne vois pas bien à quoi il ressemble étant donné qu’il me fait de l’ombre en se tenant dos au soleil.
- T’es nouveau ici, bébé ?
- Je viens d’arriver.
- S’pas des mauvaises nouvelles qui t’amènent dans l’coin, j’espère. Où est ton père ?
- Mort, dis-je avec lividité.
- D’puis longtemps ?
- Dix ans.
L’homme est maintenant à genoux. J’arrive à distinguer un semblant de barbe mais sans en voir plus. – Et le reste de ta famille ?
Anxieux, je ne dis plus rien. Une brise d’air caresse mon visage.
Le bras tendu et la main ouverte, sur sa paume se trouve un petit carton. – Mets-le sur ta langue, dit-il.
Je m’exécute. – C’est quoi ?
- LSD !
- Je ne comprends pas.
- Cela retire l’angoisse, bellot. J’y vais, ciao !
- Salut.
Je reçois quelques gouttes sur le visage, il commence à pleuvoir. Par nostalgie, je décide de rester un peu puis survient l’averse. Je suis torse nu. Lors du toucher, ma peau au contact de l’eau est d’une douceur exquise. Mon ventre gronde, j’ai faim. Dû au mauvais temps, il n’y a plus de stand à hot-dog, je fais donc avec.
Une araignée des sables se balade sur mon torse puis s’arrête. Je sors tranquillement mon paquet d’allumettes pour en craquer une, j’approche la flamme de ses pattes. Elles se consument dans un crépitement. Morte et boule, c’est tout ce qu’il reste de la bête.
Ce qui était un corbeau devient vite une tornade d’oiseaux. L’ancien petit côté paradisiaque s’est maintenant transformé en de multiples flashs incessants d’ombre en rafale.
Je me sens espionné par un journaliste, la tête en forme de boîte, et avec pour micro, un lézard.
Il m’interroge. – Que pensez-vous, bzzzzt…. De la pression idéomotrice ?
Illuminé, je réponds. – Fantasie Dantesque.
Le carton devient rouge feu. – FAUX !
- Les morts ne sont pas de ce monde.
Sa teinture revient à la normale. – Et la situation Terroriste ?
- Magique
Des tonneaux de fer tombent et le vin coule à flot. Je lèche ce qui en déborde, je suis fin joyeux. Je danse nu et je revois Marshall Stan, la queue à l’air cherchant à m’enculer pendant que je me dandine.
Je vomis un torrent de petite monnaie qui clinque en des bruits aigus, jusqu’à former une montagne de pièces. Plutôt que d’escalader le monticule, je le contourne. Avec surprise, je vois Mère en train de pleurer dans la salle de bain.
- Patricia, cela ne va pas ?
En larmes. – Lulu, Lulu… regarde ce que tu es devenu.
- Mais, Patricia…
Je perçois le reflet de Père qui me pointe avec son Magnum. Mère le voit aussi, elle saisie une chaise où sont posées les serviettes pour éclater le miroir.
- Patricia…
- Ne prononce pas mon prénom ! elle prend un énorme morceau de verre pour exposer le côté coupant près de l’une de ses artères.
- Maman ! »
Cela ne se fit pas attendre, elle la coupe, beaucoup de sang s’y échappe, tel une rivière qui re-décore le carrelage en de grosses flaques pourpres.
Je n’ai rien pu faire,
juste,
« Don’t Call My Name ! »
Ferme les yeux, Lulu.
Dernier chapitre : Une sale journée
La reine,
cette rose morte
ne tue,
plus personne.
Les mœurs n’abattent
plus personne.
Oublié,
il s'est frappé
aux
ères chaotiques.
Tu m’as vu grandir,
car,
Pute à plein temps.
Les romantiques,
aux flocons,
allongent la neige.
Pour l’éternité,
Ferme les yeux,
Lulu,
Ferme les yeux.


