Bonjour, voici mon tout premier roman. Il porte comme nom Le froid posthume. J'espère que ça vous plaira.
Auteur : Gabriel
Genre : Fantastique, Romance, Humour, Horreur.
Résumé : Elodie, jeune junkie se réveille sous l'apparence d'une Ombre, pour s'en sortir elle va tenter d'écrire un livre. De multiples personnages vont faire leurs apparitions, et tous vont l'empêcher de mener à bien sa quête.
Le froid posthume
Chapitre 1 : L'orgasme fantasmagorique
Je me suis surprise à écrire un livre. Seulement voilà, ce n’est qu'un fantasme et j’en ai oublié le début. Paniquée, je regarde autour de moi, rien, si ce n’est une épaisse couche noire. Je me sens incroyablement lourde. J’avance lentement et même si je fais bouger mes membres dans l’obscurité, je ne les vois pas. J’aperçois un cierge allumé. Décidée à me diriger vers la lumière, j'ai la sale impression que des poids sont attachés à mes jambes. A deux mètres de la luminosité, je sens une main se poser sur mon épaule. Avec force elle me tire dans un puits sans fond. Je crie, je n’ai plus de voix. Je me revois une dernière fois dans les profondeurs abyssales.
- Bonsoir.
J’essaye de répondre, sans succès.Je le sens me pénétrer, la douleur est là, je crois que je pleure. Alors je tente d’essuyer mes yeux et… rien. Je n’arrive pas à les toucher, je veux dire, c’est comme si je passais à travers. Je souffre de plus en plus, je… n’arrive plus à rester consciente… il faut que… Je m’évanouis.
*
Au réveil, tout me paraît plus clair. Je vois parfaitement ce qui m’entoure sans pour autant savoir où je me trouve. Une grande pièce teintée de rouge et aussi large qu’une maison. Il me faut pousser du regard pour voir les murs au loin. Alors, finalement tout ceci n’était qu’un rêve ? Autrement dit, il n'y a rien de cohérent. Je me dis qu’une fois de plus j’ai sûrement abusé sur les sédatifs la veille. Oui, c’était mon truc, les calmants pour chevaux, la morphine et parfois, de temps en temps, de l’héroïne. Alors je suppose que je suis en plein délire, j’y suis habituée, je ne m’inquiète pas. Elodie-la-junkie, c’est comme ça que l’on me surnomme. Vingt-trois ans, un boulot de serveuse et un petit ami qui passe autant de temps à voyager qu’à essayer de me faire un môme. C’est en me rappelant ces petits détails que je sais qui je suis et c’est aussi ce qui me permet de rester éveillée dans un trip. Alors puisque je suis défoncée, profitons-en. Un pas et OUTCH ! Je viens de me brûler. Après m’être écartée, je regarde par terre. Je vois une version floue de ce qui pourrait ressembler à un cadavre. Sans m’en rendre compte, j’ai marché dessus, d’où le choc. En y regardant de plus près, il y a des corps disposés un peu partout. Il commence à faire froid. Une porte s’ouvre. Un flash noirâtre apparaît, ainsi qu’un homme, bien coiffé, le visage dur mais un sourire aux lèvres, tout ça sous un complet Valentino. Il s’approche. Je ne bouge pas, les ténèbres m’aveuglent.
« Bienvenue, Elodie.
Tout à fait inconsciente du danger je réponds :
- Merci, sympa l’endroit. Vous êtes ?
- Oh, excuse-moi, je suis le docteur POD. Je dois avouer être un peu surpris, je ne m’attendais pas à ce que tu te réveilles tout de suite. Pour tout te dire, tu es le pantin le plus défectueux. C’est moi que tu as croisé lorsque tu étais endormie. Evidemment, tu n’étais pas « endormie » au sens propre du terme. Pour faire court. Tu as quitté la vie pour te retrouver sous la forme d'une ombre.
- Une ombre ? Vous déraillez, docteur. Je crois que je suis seulement un peu trop défoncée.
Le docteur POD ne semble pas réagir à cette provocation, il sort une lampe-torche de son costume.
- Je savais que tu dirais ça. Chacun a son histoire et chacun pense apparaître ici de par un rêve, la drogue ou encore via un éveil spirituel. Le plus important, ce n’est pas comment tu es venue ici, puisque c’est du passé. Tu es ici, c’est un fait. Maintenant regarde-toi, essaye de toucher tes mains ou ta tête, tu verras que c’est impossible.
Immédiatement, je m’exécute, et de par tous les moyens possibles, je n’arrive pas à sentir mon visage et lorsque je regarde les parties de mon corps, je ne vois que de la lumière en forme de zigzag. Toujours convaincue d’être dans un mauvais trip et persuadée que je me réveillerai bientôt, je sais qu'il ne peut rien m’arriver. – Si je suis une ombre, alors je ne peux rien sentir.
Je n’aurais jamais dû faire cette réflexion, mais il fallait que je sache. Le docteur POD presse le bouton de sa torche, ce qui déclenche un rayon noir. Il le dirige dans ma direction pour éclairer ou plutôt rependre les ténèbres sur mon être. Au moment où le rayon touche mon corps d’ombre, une horrible douleur vient envahir mes sens. Ma tête est sur le point d’exploser, je suis frigorifiée comme nue dans un congélateur, j’ai l’impression que l’on arrache ma tête pour la recoller avant de la décapiter de nouveau. – Arrêtez ! Pitié ! J’ai la sensation que l’on me coupe la langue avec une paire de ciseaux rouillée.
Le docteur POD relâche le bouton, ce qui fait disparaître la douleur.
Je m’affole. – Qu’était-ce donc que cette folie ?
Le sourire carnassier, il prend son aise. – Je vois que tu commences à comprendre. Ça ? C’était juste de la lumière reflétée sur ton corps. Evidemment, tu vois cette fameuse lumière comme des ténèbres, et tout ce que tu vois autour de toi n’est que lumière. La réalité est inversée. Ce que tu vois de manière claire et précise n’est que noirceur. En revanche, ce que tu n’arrives pas à voir ou plutôt, ce que tu distingues comme une ombre, alors là il s’agit de la véritable lumière. Et c’est ton point faible, aucune chose ne te fera autant de mal qu’elle. Il t’est facile de la reconnaître puisque tu la vois sous forme d’ombre.
Dépourvue de moyens, je souffle. – Quel est mon destin ?
- C’est assez complexe, alors je ne vais pas te le répéter. Dans l’état où vont les choses, si tu n’arrives pas à te concentrer suffisamment pour matérialiser ton corps, tu disparaîtras dans le néant. Mais comme je te l’ai dit, tu es mon pantin le plus défectueux et je doute que tu arrives à une telle prouesse. Si toutefois tu viens à ne serait-ce que donner forme à tes doigts, je t’accorderai le privilège de sortir de cette pièce. Au revoir, Elodie. »
Je sentais ma forme vaciller. Désormais je voyais trouble. Allais-je vraiment disparaitre ? Non, Elodie, tu dois trouver un moyen. Tu sais déjà que ce n’est pas un trip mais un beau bordel bien réel.
*
6 mois auparavant : Aujourd’hui, le soleil, de ses rayons, transpercent ma fenêtre. Malgré le beau temps, je ne me vois pas sortir. Je suis affalée sur mon lit, la couverture m’arrive à la moitié de mon visage et mon petit ami, Vito, ronfle à mes côtés. Mon ventre gargouille, je n’ai pas mangé depuis hier midi. Je n’ai jamais eu un grand appétit. Hors du lit, avec pour seul habit une culotte et un T-shirt XL Jack Daniel’s, je me dirige dans la salle de bain. Vient l’idée de me peser. J’étire mes bras pour laisser s’échapper un bâillement. Je pose mes pieds sur la balance, et remue légèrement la tête. Vingt-six, trente-trois, quarante-deux, quarante-huit kilos pour un mètre soixante-sept. Le résultat me va. Je fouille dans la pharmacie pour trouver un tube de Valium. Je prends dix cachets de dix milligrammes et les avales prestement avec le peu d’eau qui s’écoule du robinet. De nouveau dans la chambre, je regarde dans mon armoire et choisis de remplacer mon T-shirt par un autre sur lequel il est écrit The Last Poete. Je prends un slim noir et une fois que celui-ci est enfilé, je mets mes Doc Marteen’s rouges – Sans faire les lacets. Je descends les escaliers, pour ouvrir la porte de derrière et ainsi, me faufiler dans le jardin. J’allume une clope – Une Davidoff. J’expire longuement la fumée par le nez en regardant le ciel. J’entends un grondement : un orage approche. Je fixe ma cigarette et… c’est l’abîme.
De nos jours : « Bordel, Elodie, essaye encore, tu vas y arriver. » J'essaye de donner forme à mes doigts mais pas moyen et je commence à délirer. Il fait de plus en plus sombre et je vois de plus en plus trouble. Je l’aperçois, elle est là, elle a toujours été là. Une machine à écrire posée sur le rebord d’une table, celle-ci couverte d’ombre. Je me souviens de la douleur que m’a infligée la lampe-torche du docteur. Si jamais je rentre en contact avec la zone ténébreuse, je risque de faire un arrêt cardiaque. Mais alors, comment approcher la machine ? Il me faut trouver une solution. Je repense aux morts qui gorgent la pièce. Il y en a un à mes côtés. Comme moi, c’est une ombre, et donc, comme moi, je peux la saisir. En mettant la main à son cou, je le défais de la corde qui l’entoure pour le jeter immédiatement sur l’auxiliaire d’écriture. Un immense cri venant du condamné résonne dans la pièce, je le vois se remplir de multiples caractères. Son corps bouffé par la lumière explose. Mais mon bien est maintenant à portée. Il n’y a pas de feuilles, ce n’est pas grave. Ce qu’il me faut c’est taper, encore et encore, jusqu’à ce que la mort vienne me prendre – Si elle en a le courage. En tapotant sur les touches de dactylographie, mes gestes passent à travers mais je n’abandonne pas. Une histoire.
A l'écart, en position du Lotus et les yeux clos. Je joins mes mains pour prier un Dieu aboli. Je marche sur les sentiers que bordent les désolés car ceci est la dernière bataille, la dernière guerre. Force est de constater que le renard est devenu blanc de rails mais, de nous deux, qui est le plus fragile ? Le drapeau aux couleurs hypocrites est maintenant dressé. Nul besoin de mots.
Le bruit ! Il y a ce bruit ! Tap, tap, tap, tap… Des doigts ! J’ai réussi à matérialiser mes dix doigts, la machine à écrire m’a sauvée. Je vois désormais mieux, je n’ai plus ce bourdonnement dans la tête. Une porte claque, je me retourne : c’est le docteur POD. Il n’a plus ce fameux rictus qui lui avait valu ses gestes sadiques. Je ne sais quoi dire. Sans le bruit du tapotement, il règne comme un silence malsain. Le médecin me tend la main, je l’agrippe, flash. Le paysage était digne du plus grand visage nordique. Des montagnes, des prés, de la neige, des petites cabanes et puis, plus étrange encore, des gens comme moi, des ombres vivantes. Elles passent à mes côtés sans prendre la peine de me saluer, eux sont complètement matérialisés.
« Elodie, tu es maintenant ici chez toi. Tu vois cette cabane ? C’est maintenant ton lieu de résidence. A l’intérieur, s’y trouve toutes tes affaires. Tu dois bien comprendre que le monde dans lequel tu vis est hiérarchisé. Tout en bas, il y a les pendus…
- J’ai eu l’occasion de les croiser, dis-je. Et en haut ?
- Les mort-nés. Ils ont tout pouvoir sur quiconque et peuvent te détruire à tout moment. Mais voilà, ce sont aussi des voyeurs et ils adorent regarder, alors bien souvent tu ne subiras pas leur courroux.
- Et vous doc’ ? Vous vous situez où ?
- Chez les réceptionnistes. Je me charge d’accueillir les jeunes ombres et de les aider si besoin…
- Alors matérialisez-moi !
- Malheureusement, femme. C’est un travail que tu dois faire toi-même. Maintenant rend-toi dans ta demeure, un cadeau t’y attend.
Les nouveaux événements me paraissent comme flous. Je n’ai rien compris si ce n’est le fait qu’il faut se battre pour survivre. Je me dirige donc vers la cabane, mon prénom est gravé sur la porte. Je la pousse, elle est là. La machine à écrire. A côté de la table sur lequel repose l’engin, se trouve une hache. Je ne vois pas trop ce que je peux en faire mais, en attendant, je me dois d'écrire.
De nos jours : « Bordel, Elodie, essaye encore, tu vas y arriver. » J'essaye de donner forme à mes doigts mais pas moyen et je commence à délirer. Il fait de plus en plus sombre et je vois de plus en plus trouble. Je l’aperçois, elle est là, elle a toujours été là. Une machine à écrire posée sur le rebord d’une table, celle-ci couverte d’ombre. Je me souviens de la douleur que m’a infligée la lampe-torche du docteur. Si jamais je rentre en contact avec la zone ténébreuse, je risque de faire un arrêt cardiaque. Mais alors, comment approcher la machine ? Il me faut trouver une solution. Je repense aux morts qui gorgent la pièce. Il y en a un à mes côtés. Comme moi, c’est une ombre, et donc, comme moi, je peux la saisir. En mettant la main à son cou, je le défais de la corde qui l’entoure pour le jeter immédiatement sur l’auxiliaire d’écriture. Un immense cri venant du condamné résonne dans la pièce, je le vois se remplir de multiples caractères. Son corps bouffé par la lumière explose. Mais mon bien est maintenant à portée. Il n’y a pas de feuilles, ce n’est pas grave. Ce qu’il me faut c’est taper, encore et encore, jusqu’à ce que la mort vienne me prendre – Si elle en a le courage. En tapotant sur les touches de dactylographie, mes gestes passent à travers mais je n’abandonne pas. Une histoire.
A l'écart, en position du Lotus et les yeux clos. Je joins mes mains pour prier un Dieu aboli. Je marche sur les sentiers que bordent les désolés car ceci est la dernière bataille, la dernière guerre. Force est de constater que le renard est devenu blanc de rails mais, de nous deux, qui est le plus fragile ? Le drapeau aux couleurs hypocrites est maintenant dressé. Nul besoin de mots.
Le bruit ! Il y a ce bruit ! Tap, tap, tap, tap… Des doigts ! J’ai réussi à matérialiser mes dix doigts, la machine à écrire m’a sauvée. Je vois désormais mieux, je n’ai plus ce bourdonnement dans la tête. Une porte claque, je me retourne : c’est le docteur POD. Il n’a plus ce fameux rictus qui lui avait valu ses gestes sadiques. Je ne sais quoi dire. Sans le bruit du tapotement, il règne comme un silence malsain. Le médecin me tend la main, je l’agrippe, flash. Le paysage était digne du plus grand visage nordique. Des montagnes, des prés, de la neige, des petites cabanes et puis, plus étrange encore, des gens comme moi, des ombres vivantes. Elles passent à mes côtés sans prendre la peine de me saluer, eux sont complètement matérialisés.
« Elodie, tu es maintenant ici chez toi. Tu vois cette cabane ? C’est maintenant ton lieu de résidence. A l’intérieur, s’y trouve toutes tes affaires. Tu dois bien comprendre que le monde dans lequel tu vis est hiérarchisé. Tout en bas, il y a les pendus…
- J’ai eu l’occasion de les croiser, dis-je. Et en haut ?
- Les mort-nés. Ils ont tout pouvoir sur quiconque et peuvent te détruire à tout moment. Mais voilà, ce sont aussi des voyeurs et ils adorent regarder, alors bien souvent tu ne subiras pas leur courroux.
- Et vous doc’ ? Vous vous situez où ?
- Chez les réceptionnistes. Je me charge d’accueillir les jeunes ombres et de les aider si besoin…
- Alors matérialisez-moi !
- Malheureusement, femme. C’est un travail que tu dois faire toi-même. Maintenant rend-toi dans ta demeure, un cadeau t’y attend.
Les nouveaux événements me paraissent comme flous. Je n’ai rien compris si ce n’est le fait qu’il faut se battre pour survivre. Je me dirige donc vers la cabane, mon prénom est gravé sur la porte. Je la pousse, elle est là. La machine à écrire. A côté de la table sur lequel repose l’engin, se trouve une hache. Je ne vois pas trop ce que je peux en faire mais, en attendant, je me dois d'écrire.
*
Une mélodie berce mes oreilles. Un mélange de piano, de violon et de tambours. La chanson me fait ressentir de manière angoissante ce que je suis en train de vivre. Je me redresse à l'aide d'un extincteur accroché si bas.
Son regard me transperce. « Le Diable a pleuré, Dieu a crié. Il nous reste que le rêve. »
« Tragique. »
« Que fais-tu ? »
« JOYEUX HALLOWEEN »
« Nous sommes en décembre. »
« Je crois. » J’entoure mon corps frigorifié dans une serviette pour plonger sur le lit où traîne la guitare.
« Tu veux baiser ? »
« Je suis fatigué »
A force de taper sur la machine, j’ai réussi à matérialiser la quasi-totalité de mon corps. Je n’ai plus peur, je n’ai plus mal. Seules restent les empreintes de la dactylographie sur le papier. Plus j’écris, plus je pense. C’ést comme un exutoire. Je ne peux dire depuis combien de temps je suis ici : il ne fait jamais nuit, je n’ai jamais sommeil et je ne mange jamais. Pendant le premier chapitre de mon texte, je me suis mise à aimer mon état d’ombre. Il faut dire qu’une fois matérialisée, il n’y a plus aucun inconvénient. Durant tout mon récit, je ne suis pas sortie une seule fois de la cabane. J’ai trouvée la paix intérieure. Si je devais comparer ma vie avec celle d’avant, il me serait dur de choisir. Je commence à me plaire ici. Moi, la machine, et le vide. Bien sûr, je redoute que tout cela se termine, qu’un ange dévoile ses ailes pour m’envoyer dans les profondeurs de l’enfer. Là où est réellement ma place. J’attends que quelque chose vienne bouleverser mon train-train idéal mais rien n’apparu.
Une éternité plus tard.
Je remue la tête. Bouge mes doigts, les gigote dans tous les sens, les presse. Impossible de les faire craquer. Normal, me dis-je. On ne fait pas craquer une ombre. Je décide de faire une pause. Mes yeux examinent les alentours de l’endroit où je me trouve. Quatre murs visiblement faits de bois, pas de fenêtres. Il n’y avait rien à part la table et une hache, manche sur le rebord. Je prends l’arme avec facilité. Elle est légère. Je la repose. Grincement. Je pousse la porte. De la neige, beaucoup de neige. Je m’avance, sans avoir froid. Un rire pourtant glacial pénètre mon esprit. Une flopée de personnes m’entoure en cercle, ils ricanent tous. Je les regarde se moquer de moi, je ne ressens pas vraiment de honte, ni de culpabilité face à eux. Décidée, je dis « Que me voulez-vous ? Pourquoi riez-vous ? »
Le brouahaha m’empêche de discerner des paroles claires. Quelqu’un sort du tas pour s’avancer vers moi. Il n'était pas comme eux. Quelque chose de doux me frôle. Je regarde par terre, des vêtements. Et puis j’ai un déclic, celui de regarder mon corps. Je suis totalement nue, c’était pourtant évident et je n’y avais pas prêtée attention. Soudain, je rougis, là est mon tout premier sentiment. Je saisis les fringues – c’est-à-dire, un mini-short et une chemise blanche. Je m’empresse de les enfiler et les rires s’atténuent. Je regarde l’étranger « Merci, l’ami. (Je lui tends la main.) Je suis Elodie, Elodie Price. Et toi ?
- A l’instant, vous étiez nue… L’inconnu est un homme, cheveux longs mais le visage dégagé, une boucle d’oreille en forme de dragon sur la lèvre inférieure. Il porte un pull marron, un jean et des baskets blanches.
- C’est la première fois que tu vois une femme ou quoi ?
- Je… Non, c’est que…
- Tu vas me dire comment tu t’appelles ou je dois me dézapper devant toi ?
- Cameron…
Je m’avance vers lui. – Merci pour le short. Je suis nouvelle, tu sais.
- Je crois bien que tout le monde ici l’a remarqué.
Hautaine, je susurre. – T’as pas un peu de poudre ?
- Non, c’est quoi ?
- Oublies.
- C’est chez-vous cette petite cabane ? Je peux visiter ?
Sur le moment, je ne me suis pas méfiée. Et puis il n’y avait pas de serrure et si quelqu’un le veut, il pourrait aisément entrer. Je me demande bien pourquoi personne ne l’a fait. - Ok, bonhomme.
Je pousse la porte. Cameron fait le tour de la pièce, ignore la hache et s’arrête devant le petit tas de papier.
Il dit – Whao, c’est vous qui avez fait tout ça ? (Il saisit les pages en les lisant à toute vitesse.) C’est vraiment super, je n’en reviens pas. Vous tenez vraiment quelque chose.
C’est à ce moment précis que je compris l'énormité de ma stupidité.
*
« Nier toute réalité c’est prendre le risque de l’accepter » Elodie Price
On dit que dans la mort nous sommes tous égaux, est-ce vrai ? Suis-je morte ? J’ai perdue toutes les facultés que possède un être vivant, la faim, le sommeil, les pulsions, l’envie, le dégoût, la honte, la haine, l’amour… Récemment j’ai fait la rencontre d’un type appelé Cameron. Je dirais que ça fait bientôt une demi-heure qu’il a quitté ma cabane. Il est resté un petit moment chez moi pour pouvoir lire entièrement mon manuscrit. Cameron affirme que mes textes ont « Ce petit quelque chose de magique » mais plus je me relis, plus je perçois dans ce roman un vide total, un néant absolu, une abîme épouvantable. Pensive, cela fait maintenant des heures que je n’ai rien écrit. Si seulement le temps pouvait exister dans ce monde, alors au moins je pourrais me sentir vieillir.
A l’extérieur, j’admire le ciel. Il est immense et d’un bleu très clair. Quelque chose vient de frôler ma joue, une goutte. Il pleut, mes vêtements sont trempés. Comme s’il s’agissait d’un miracle, je reste à ma place, sans bouger, juste bercée par la pluie. C’est au vent de faire son apparition, les feuilles virevoltent, les arbres se penchent. Et puis vient le tonnerre qui gronde, qui hurle d’un puissant cri qu’il est le maître. Fascinée, j’observe les éléments se déchainer. Une force me propulse par terre, je viens de me faire bousculer.
« Hey, tu pourrais t’excuser, mon gars.
Il se retourne. – Le chaos est là pour nous avaler. »
Visiblement ce mec est un peu disjoncté. Je n’ai que très peu de souvenirs de l’époque où j’étais vivante, où j’étais cette Elodie Price qui se foutait de tout et me voilà lasse à regarder les nuages. Des nuages ? Merde, les ténèbres arrivent. Je dois retourner à la cabane pour me mettre à l’abri. Le seul endroit où la lumière est omniprésente. Derrière moi, des tornades d’ombres se bousculent à la recherche d’Hommes à dévorer. Tels des flashs incessants, il ne cesse de faire de plus en plus noir. Un vieillard me barre la route.
« Ne rentrez pas chez-vous, ne fuyez pas. Acceptez la mort. Elle nous guette tôt ou tard pour nous réduire en miettes.
J’ai quelque chose à faire, quelque chose à écrire. – Papi, sort du rang et prosterne toi devant le malheur pendant que moi je pars de bon cœur. »
Face à moi se trouve un immense gouffre. Je fixe la profondeur du trou, elle semble être sans limite. Les ténèbres s’approchent de plus en plus, jusqu’à englober le contour de mon dos. Je dois traverser le fossé mais si je tombe, tout est fini. Alors sans prendre d’élan, je saute au loin, plus loin que ce que j’ai imaginée. Mes doigts touchent et agrippent le rebord. Je n’ai pas assez de forces. Je lâche prise. Je ne crie pas, quelque chose s’est brisée en moi.
*
« Tu crois qu’elle est morte ?
- Touche-la pour voir.
- Non, toi fais le.
- Pas question ! Je ne vais pas me salir pour une ombre.
- Tu ne mérites vraiment pas ton titre de mort-né. » L’homme - Il est d’allure plutôt forte, au visage carré et le corps bordé par un long kimono - enfonce un doigt entre mes lèvres. Mes pupilles sont dilatées, comme noires. Je suis allongée sur du bois. Je suppose que j’ai quelques plaies au visage puisque j’ai mal à cet endroit. Chose étonnante, non pas que je le devine mais plutôt que je puisse ressentir la douleur. Serais-je retournée dans mon monde ? Aurais-je fais une crise d’épilepsie ? C’est ce que je crois.
« Vas-y, Fred. Elle est encore toute fraîche. – Fred c’est le mec qui joue avec mes lèvres. L’autre c’est Barney, un observateur. Il regarde les choses se produire, un voyeur, rien de plus. Comment je le sais ? Je le sais, c’est tout. C’est comme si j’avais connaissance des choses avant même quelles ne se produisent.
- Alors toi, t’es trop con. Tu crois vraiment que je vais violer un cadavre ? Il retire son doigt pour sortir une cigarette de son paquet, Barney tend la petite flamme qui sort de son briquet.
- Personne n’en saura rien, et puis elle est bonne, regarde, à part quelques hématomes, son corps est parfait. Pas une trace d’imperfection.
Fred ricane avant d’ajouter – Ah ouais ? Tu crois ça ? Regarde ce que j’en fais de ton cadavre parfait, attention cocotte, ça va piquer… Il approche le mégot encore brûlant vers mon sein droit pour le poser sur le téton. Mes paupières s’ouvrent, ma nuque se tortille, mes lèvres s’écartent pour pousser un cri gigantesque. Je crache une boule de sang mélangée à du vomi.
Barney s’avance. – Oh bordel, elle est encore vivante.
- Merde, fait son acolyte. On est dans la merde… Les prêtres vont nous faire sauter si jamais ils apprennent que l’on s’est attaqué à une nouvelle Ombre.
Après un moment de réflexion, l’observateur explique son plan à Fred. Un sourire s’empare alors de lui. – Oui, tu as raison.
L’un saisit une clef à molette pendant que l’autre s’empare d’une machette. En observant autour de moi, je constate que je me trouve dans une salle de torture. Nous étions que quatre. Moi, Fred, Barney et des dizaines de cadavres répartis chacun dos contre une table.
- Et c’est parti pour le show ! Barney d’une main agrippe mon cou, me soulève, prend de l’élan avec la clef à molette pour venir la cogner contre l’une de mes joues. Au bout de la troisième fois, un « Crac » raisonne. Il venait de me briser la mâchoire, une flopée de sang tombe des commissures de mes lèvres. Satisfait, il me relâche. Fred me lacère lentement le ventre avec sa lame, à travers plusieurs coups, il apparaît des blessures superficielles.
- C’est bon, elle a son compte.
Le voyeur de sa bouche prononce d’une manière douce et forte à la fois : - Ecoute moi bien, poupée. Tu es ici sur le territoire des mort-nés. Une nouvelle Ombre n’a pas sa place chez nous, sauf si elle décède et ce n’est pas ton cas. Tenu par les prêtres, nous ne pouvons te tuer. Alors on va te renvoyer dans ton monde de ténèbres mais tout ne sera plus jamais comme avant, rien ne sera plus pareil. Tout a été détruit. Ils peuvent maintenant mourir et ressentir la douleur. Si jamais tu parles à qui que ce soit de ce que l’on ta fait ici, mon pote et moi, on viendra te faire une petite piqure de rappel. Maintenant dégage, tu me dégoûtes. »
Aussitôt dit, il s’empare de mon corps pour le laisser tomber dans un puits.
Je me réveille sur un petit tas de neige, le froid engourdi mon être. Je me relève avec difficulté, ma mâchoire est brisée et mes côtes lacérées. La cabane qui tient mon nom se trouve en face de moi. Je pose un pas puis m’écroule. Je presse sur mes jambes pour remonter la pente et après plusieurs essaies je finis par pousser la porte. La machine à écrire ainsi que mon manuscrit ont disparus. Un mal de crâne vient me hanter, sans ce manuscrit je ne suis plus rien, il me faut le retrouver. Je m’habille d’un minishort et d’un T-shirt à peine trop grand pour moi avant de saisir la hache, qui elle, n’avait pas bougée. Dehors et l’arme en main, le monde courait dans tous les sens. Le ciel est devenu rouge, il crache des boules en feu. Des bruits de détonation retentissent. Je sens une pression derrière moi, quelque chose qui en veut à ma peau. Par réflexe, je me retourne et avec toute la force que je possède, je donne un immense coup à l’inconnu. Ma hache s’enfonce dans son thorax. Il eut juste le temps de dire « Elo… die…
Je le reconnais, c’est Cameron. Il tombe sur les genoux puis s’effondre telle une masse. Une feuille est coincée dans sa main. Avec empathie, j’écarte ses doigts pour prendre le papier. C’était une page de mon manuscrit, du moins un passage.
Je me mets à le lire à haute voix. - Comme à un corridor, les flammes deviennent blanches. De glace se répandent les légions. Voici venu l'heure de l'oppression. Le vrai roi, est là. Celui de la destruction. Le vent, majestueux et providentiel soufflait dans les feuilles, pendant nos danses amoureuses. Avec douceur, l’herbe frotte le bout de mes pieds. Le cou enlacé, la chair égratigné, la faucheuse approche, mon asphyxie aussi. Mes poumons explosent. A la suite d’une dernière vision gonflée, je sais que toi et moi… nous serons pour l’éternité, intimement liés, dans cette infinité cosmique et temporel. »
Chapitre 2 : Les poètes ne sont pas des muses
Chapitre 2 : Les poètes ne sont pas des muses
Depuis que je suis revenue d’entre les morts, je me renouvelle sans cesse la même question. Pourquoi marcher à travers ce torrent de pluie ? Ce que je prenais pour un paradis fleuri n’est plus qu’un chaos de larmes. Le sang émousse la pointe de ma hache et de l’eau du ciel s’écoule sur mon regard de peine. Je me suis éloignée de mon habitat pour marcher. Mes pas lents agressent la neige crasseuse. Je ne me suis pas arrêtée depuis la petite dizaine d’aventures que j’ai visitée. Le mystère me pousse à garder le secret qui lui ne mérite qu’à être expliqué sur papier, un luxe que je ne peux plus me permettre. Dans les limbes de la pensée se terre mon esprit calciné. Je me racle la gorge, je suis desséchée. Maintenant que j’ai retrouvé les attributs d’un Homme, je pleure de soif. Alors je laisse ma langue s’échapper de ma bouche pour attraper quelques gouttes, mais c’est sans succès. Je vois la fin me tendre les bras. Mes pieds n’avancent plus, mes genoux, de leurs poids, caressent le sol. Un dernier instant, je fixe les cieux. Un rayon lumineux traverse mes lèvres et mes yeux. La folie s’empare de mon état. Je tiens fermement le manche de l’arme pour enfoncer la lame contre ma trachée. Je frotte avec force et pendant que le sang me sert de dernier repas. Je revois la coagulation des tristes mots qui bercent ma page.
Fin.
Par Elodie Price.
« Un... deux… trois. Réveillez-vous ! »
Je prends une grosse bouffée d’air. C’est comme si je venais de sortir d’un état de pleine asphyxie. A mes côtés ce trouve une table de chevet sur laquelle repose un petit livret rouge ainsi qu’une lampe. Je saisie celle-ci par le manche pour mieux regarder autour de moi. La pièce est à demi-éclairée, je vois flou. Un « crack » se fait entendre. L’ampoule vient de claquer. Ma vue se stabilise. Je vois un gros bonhomme qui me regarde, assis sur sa chaise, le sourire qui borde son visage. Je m’arrête devant ses yeux noisette qui fixent mon incompréhension. Il finit par dire d’un signe de la main « Du calme.
- Qui êtes-vous ? Où suis-je ?
- Asseyez-vous, mademoiselle Price.
Suspicieuse, je pose la lampe sur un parquet fait de bois pour m’assoir sur le canapé où j’étais allongée il y a de ça quelques minutes. – Je me suis tranchée la gorge, je ne devrais pas être vivante…
- Allons, allons. Tout ceci n’était qu’un mauvais rêve. Nous venons de faire une séance d’hypnose pour savoir à quand remonte votre traumatisme. Celui qui vous pousse à vous droguer régulièrement.
Je passe une main sur mon front, je suis gelée. Des sueurs froides caressent ma peau. – J’étais une ombre… j’écrivais pour survivre. Je le jure.
- Oui, tout cela vous a peut-être paru réel, mais je vous assure que cela n’a duré qu’un quart d’heure. Tenez prenez ce médicament, c’est un aspirine.
J’attrape le cachet pour le glisser sur ma langue. Le docteur sort un paquet de cigarettes Davidoff. – Je fume les mêmes doc’.
Il sourit avant d’expirer un long nuage de fumée. – Votre petit ami vous attend à l’extérieur. Vous devriez aller le voir.
Je me lève, me dirige vers la porte, me retourne et claque celle-ci. Vito était bien là. Il me prend la main. Sur le mur était placardé une pancarte dorée avec pour nom Hôpital Psychiatrique – Docteur POD. Le mal de tête me reprend. Tout un coup, le couloir se retrouve gorgé de ténèbres. Ce que je pensais être la main de mon compagnon n'est en réalité qu'une immense hache, sur laquelle se glisse une flopée d’hémoglobines.
*
Le couloir ne connait pas de fin. Cela fait maintenant trois heures que je marche, je le sais parce que je repasse infiniment devant la même pendule. A chaque fois que je fais un pas, j’en recule de deux. Tic… tac… tic… tac… Les aiguilles font TILT dans ma caboche. C’est à peine supportable et l’arme que je tiens fermement se fait lourde. Plic… ploc… plic… ploc… Le sang dégouline pour se rependre sur le sol. Je ne saurai expliquer pourquoi il ne semble pas y avoir de fin à ces deux phénomènes. A mes pieds se trouve une radio, chose que je n’avais pas remarquée à mon arrivée. Je place le bouton sur On. « Pour le flash de ce soir, il s’agit d’une nouvelle invitée. Je vous présente mademoiselle Price. Dites, je peux vous appeler Elodie ?
- Bien sûr, Eric. Je peux vous appeler Eric ?
Silence.
- Maintenant que les présentations sont faites, pourriez-vous nous parler de votre dernier livre ? Amis auditeurs, Elodie est spécialisée dans le domaine littéraire, elle a écrit de nombreux livres comme : Tristement Célèbre, Balivernes Rectales ou encore Le Complexe de la Drogue.
- Merci, Eric. Mon dernier ouvrage se nomme : Le Froid Posthume. Cela parle d’une jeune femme qui se retrouvera un beau jour sous la forme d’une Ombre, elle vivra comme cela durant tout son parcours. Malheureusement pour elle, mélangeant Opium et dédoublement de personnalité. Notre jeune héroïne est incapable de discerner le vrai du faux et c’est pourquoi elle va se mettre à écrire un livre pour s’identifier.
- Que dites-vous, Elodie ? Je vous entends mal.
- Je disais que… bzzz… » L’émission vient de couper.
J’observe avec attention le papier tapissé sur le long du mur. Il représente une longue série de dessins vikings, avec pour début un monticule de neige, et une tête de clown suspendue dessus. J’ai la nette impression d’être observée, comme si les yeux du clown me poursuivaient. Je m’approche lentement de sa sale teigne. Son regard noir et inexpressif me fixe. Décidée, j’avance doucement mes doigts sur la joue du farceur. Mes oreilles remuent légèrement au contact du comique. Une chanson se fait entendre. Je me retourne, il n’y a rien et pourtant j’ouïe un mélange de cloches et de tambourins accompagné d’une guitare sèche. Ah ah ah ah ah ! Hurle le fantaisiste. C’est lorsque je viens à tourner le dos à la musique pour examiner le clown que je constate que celui-ci a disparu. La boule au ventre et angoissée, j’entends une jeune fille chanter sur la rythmique du chant de Cirque. « Les chevaliers grimpent, les meurtriers s’accrochent. Dans un nid, un corbeau vient m’apporter la becqué. Un peu de chair meurtrie. Au fond de mes entrailles, je glousse. Les oiseaux virevoltent de manière suspecte. Mes iris les suivent. Je tombe dans un trou, celui des cauchemars. Pantins et marionnettes m’accueillent armés de coutelas et de sourires sadiques. Je tends les mains pour leur dire de reculer mais je n’ai pas la parole. L’un s’avance, tête bancale et la main gauche armée. Des cantiques résonnent au moment où son arme pénètre mon cœur. Qui lui n’est qu’un organe absent de sentiments. On parle de pluie de sang uniquement dans les contes, mais cette fois ci elle est réelle. Mes lèvres crachent, j’ai du mal à articuler.
Je lui hurle de se taire. – La ferme ! » Je cours, manquant de me charcuter les jambes avec la lame qui fait du va et vient de bas en haut à mesure que j’avance.
Je n’ose pas me retourner. Le couloir s’allonge de plus en plus. Je pousse un cri de désespoir et d’un dernier geste, je prends la totalité de mes forces pour m’arrêter et ainsi donner un énorme coup de hache sur le mur. Celui-ci prend une couleur pourpre, des petits « craque » retentissent, le mur se fend en deux pour tomber tel le rideau d’une pièce de théâtre. Le chant, le cirque, la hache et le clown disparaissent pour laisser place à une immense pièce faite d’ombre. Je suis seule dans le noir, dans le néant, il ne fait ni chaud ni froid, il n’y a ni haut ni bas. L'abîme me regarde.
*
Une éternité s’est déroulée avant que je sois délivrée de ce chaos ambiant qu’est l’abîme. J’ai l’étrange impression d’avoir troqué mon enfer contre un autre. Est-ce la réalité ? Je n’en suis pas certaine. Je dois garder les pieds sur terre – Dans un monde qui semble parallèle, ce n’est pas évident. Le manuscrit… Je dois retrouver le manuscrit. Maintenant dans une pièce où sont exposés plusieurs tableaux, je remarque qu’ils sont tous signés par le docteur POD. Un artiste ce doc’. Les peintures sont à l’effigie des Dieux ancestraux. Sur l’une d’elle, on peut apercevoir Hercule qui soulève une énorme masse de pierre. Ses yeux sont remarquablement dessinés, je veux dire, ils ont une profondeur qui surpasse le reste du tableau – Mais ne vous y trompez pas, la peinture est déjà remarquable en elle-même. Plus j’observe l’œuvre et plus me gagne l’impression de pénétrer dedans. Hercule, de ses yeux, me fixe. J’ai bien essayé de changer plusieurs fois de postures mais rien y fait, son regard me suit et me transperce. C’est comme si il allait surgir du tableau pour m’inculquer les secrets de la force qui transcende son âme. Au moment où me vient l’idée de toucher l’œuvre du bout de mes doigts, un poète m’arrête.
« Prenez garde, car ce n’est pas l’ange qui peuple cette peinture mais le démon. Vous êtes en terrain inconnu, et qui de plus mal-connu que vous pour mieux souscrire à cette absence théâtral de chairs ?
Je ne comprends rien à de ce qu’il dit, ce maudit poète. Alors pour me prendre à son jeu, je m’esclaffe. - Que votre seigneurie n’est garde, c’est à la poêle que je m’attaque à cet enfant de Satan. Que le diable me détrousse de mes biens si ce n’est dû qu'à une quelconque importance que j’ose me défier à lui.
Il me regarde comme il a regardé mille muses puis crache de son pinceau. - Et bien soit. Que le malheur parcourt vos veines. Que la défaillance s’éteint du plus profond de vos os. Que la mort vous accompagne comme à ceux que vous avez osés rencontrer.
Sur ces pas, le poète s’en va. Je joui d’une paix tranquille pour mieux reprendre l’idée de foudroyer le portrait, c’est là qu’un nouveau poète m’interrompt dans ma tâche.
- Malheureuse femme, ce n’est pas sorcier de toucher un tableau mais il est d’une force plus sévère que celui de le comprendre.
Comme le premier poète, je prends le temps de répondre. - Que votre grâce n’est crainte, je ne suis pas la demoiselle perdue des limbes incontestées car c’est avec charme que je côtoie cette fresque. Et c’est par mégarde qu’elle périra.
Sur ce, le poète se permet de répondre. - Vous voilà bien arrogantes, pour une jeune extravagante. Je vous défie à seulement essayer de pénétrer nos déchets.
Comme son prédécesseur, il s’en va, et moi, toujours de plus en plus proche du tableau je m’attèle une dernière fois à essayer de toucher ce regard qui n’en peut plus de moi. Et c’est là qu’intervient le dernier poète.
- Ce n’est pas que vous êtes folle ou inconsciente, c’est juste que vous êtes vous-mêmes et ceci au prix que d’autres périront. Nul besoin de compassion, nul besoin de haine, nul besoin d’amour, nul besoin de souffrance, car nul est nul et c’est ce pourquoi je t’ai appelée, toi, la divinité née des entrailles mortes. »
Et c’est sur ces mots que le poète disparaît. Quant à moi, j’ai renoncé à l’idée de me frotter au tableau mais je sais que quelque part le docteur POD détient la solution à mon énigme.
